Le chêne rouge d’Amérique

Le chêne rouge d’Amérique
15 Juil 2015

Quercus rubra

Une autre essence du chêne, mais encore plus répandue au Québec est le chêne rouge. Indigène, l’utilisation de cet arbre comme ornement urbain répond au besoin criant pour une collaboration avec le bien-être de la faune. Il est une de nos essences de feuillus les plus précieuses pour la qualité de son bois, jadis utilisé pour la fabrication de vaisseaux pour la marine royale. De nos jours, il est utilisé comme matériau de parquets, de barils secs et pour différentes sortes de meubles.

Au goût toujours rustique, le chêne offre une allure imposante, mais non soignée. En effet, son port globulaire et irrégulier donne ce sens robuste et franc que l’on cherche lorsque l’on veut une touche de rusticité ornementale. La variété du chêne rouge, cependant, est à mi-chemin entre le chêne à gros fruits et le hêtre. En effet, on reconnaît le chêne à gros fruits par son écorce brune avec ses énormes crevasses et à la texture du liège, alors que le hêtre est d’une texture lisse et presque bleuâtre. Le chêne rouge sera donc moins rustique pour cet aspect. Nous le recommandons ici pour sa capacité d’adaptation en milieu urbain et, aussi, pour encourager le maintient de la faune.

Esthétique

Comme la majorité des chênes, le jeune arbre aura d’abord un port pyramidal, pour perdre tranquillement cette forme à maturité et devenir plutôt ovoïde (un peu comme la forme d’un oeuf). Sa couronne est bien étalée et large avec de grosses branches horizontales, presque érigées. Or, contrairement aux autres chênes, il s’agit d’un arbre à croissance moyenne à rapide, ce qui en fait un bon choix si l’on cherche à compenser rapidement pour un manque de verdure. Une fois adulte, l’arbre formera un dôme imposant de plus de 24 mètres de largeur. On s’attend à ce qu’il atteigne cette même distance de 24 mètres quant à la hauteur. Parmi les chênes, il s’agit de l’un des plus larges. Sous cet aspect, il est recommandé de le planter là où l’on désire profiter d’une ombre abondante.

L’écorce de cet arbre, disions-nous plus haut, est crevassée, mais moins que son cousin à gros fruits. À l’état jeune, l’écorce reste grise et presque lisse, toutefois, en vieillissant, il retrouve son style rustique en se fendillant et devient brun presque noir.

Sa feuille se distingue par un aspect découpé. En effet, plutôt que des lobes ronds comme les autres espèces de chênes, on aperçoit sur le chêne rouge des ondulations pointues qui font penser à l’érable. Le feuillage est généralement dense, d’un vert tendre au printemps, plutôt luisant l’été et d’un rouge variant à l’automne. Ces couleurs se mêlent bien au rouge des érables lors du début de la saison froide, ce qui en fait un ornement hors pair pour le Québec. Pour le reste, les feuilles sont caduques, mais peuvent mettre du temps à tomber (il n’est pas rare d’apercevoir des feuilles persistantes tout l’hiver). Elles sont d’une forme ovale et allongée.

Les fruits et la faune

Contrairement au chêne à gros fruits, il n’est pas recommandé de consommer le gland du chêne rouge au goût amer. Sa haute teneur en tanin peut par ailleurs être nocif pour l’être humain. Il demeure toutefois comestible pour les écureuils, pour qui ces fruits à cupules en forme de béret s’avèrent une des principales sources de nourriture. Au sol, il faut compter sur l’abondance de ce fruit dès l’automne. L’appréciation sera principalement animale, sans compter que le port du chêne rouge est bien adapté pour la nidification de différents types d’oiseaux et que son pollen attire les papillons.

Conditions optimales pour le chêne rouge

Il s’agit d’un arbre qui aime grandir à un endroit ensoleillé, bien qu’il puisse s’accommoder à un environnement mi-ombreux. En forêt, on le retrouve généralement accompagné d’érables à sucre, de tilleuls, de hêtres, de pins blancs et de pruches. Comme nous recommandons la diversité biologique et le compagnonnage végétal, il peut être sage de reproduire ces conditions. En effet, les compagnonnages naturels dans les forêts sont rarement dus au hasard, mais plutôt à une longe dynamique d’adaptation et d’entraide entre les végétaux, la faune souterraine, les insectes et les animaux.

Le chêne rouge préfère les sols rocailleux, biens drainés et avec une humidité moyenne. Le ph sera idéalement acide, mais l’arbre peut s’accommoder à n’importe quel sol. Au mieux, il faut tenter d’avoir le plus d’éléments favorables, un sol alcalin peut s’endurer, mais il ne faut pas par surcroît qu’il manque de soleil et que la terre soit vaseuse. Le compactage de la terre ainsi que l’accumulation de sel de dégel routier n’arrivent généralement pas à déstabiliser le chêne rouge, ce qui confirme sa candidature en situation urbaine. Ainsi, il est un arbre ornemental adéquat pour les bordures de rues.

Comme il formera des racines puissantes et profondes, il est mieux de le planter loin des canalisations par précautions, bien que le risque de bris soit assez faible. Par ailleurs, il est recommandé de planter cet arbre en motte, dans un trou avec un diamètre au moins deux fois supérieur à la motte. Il est couramment admis que le chêne rouge est difficile à planter, mais une fois réussi, il est très persistant. Or, ces caractéristiques des racines permettent à l’arbre d’assurer l’accès à l’eau et aux nutriments dans un vaste espace de rhizosphère. De plus, la profondeur est un gage de résistance aux intempéries, l’arbre étant déjà solide en son bois, il n’est pas surprenant que le chêne rouge aille une espérance de vie de près de 200 ans!

L’élagage du chêne rouge

Comme pour tous les arbres, une taille de la tête est proscrite. Pour éviter qu’Hydro-Québec n’aille d’autre choix que d’étêter votre chêne, une distance d’au moins 14,5 mètres est requise. Autrement, l’élagage devrait se limiter à la formation en jeune âge, au dégagement des infrastructures à maturité et à l’enlèvement du bois mort. Comme il s’agit d’un arbre à croissance moyenne à rapide, le chêne rouge peut endurer plus d’élagage que ses cousins à croissance lente, mais cela n’est pas une excuse pour élaguer inutilement. À défaut de faire un rappel : le fait de couper de la masse vivante n’est pas bénéfique en soi pour l’arbre, il ne faut donc pas dire à votre élagueur de couper « le plus possible » avec l’attente d’un quelconque bénéfice. L’arbre peut subir plus d’élagage, cela ne veut pas dire que cela devient bon pour lui. Un maximum de masse foliaire de 20 % est à enlever, mais l’élagueur doit viser une taille la plus minimale possible. Il s’agit donc de maintenir un axe principal unique, maintenir l’espace autour des infrastructures, élever au besoin pour permettre aux individus de circuler en dessous, etc.

Il s’agit tout de même d’un arbre qui nécessite peu d’élagage et d’émondage. En l’occurrence, demandez à votre arboriculteur qu’il garde, pour vous, le bois coupé. Étant un des bois les plus denses, il peut être récupéré comme matériau de construction ou encore comme bois de chauffage.

Maladies

Voir les mêmes maladies que le chêne à gros fruits. Reconnu comme un arbre aux risques pathogènes très bas, il n’en demeure pas moins quelques vulnérabilités. On note au passage l’anthracnose, maladie non mortelle qui tache les feuilles. Il suffit d’élaguer et de bien disposer des feuilles infectées pour ne pas permettre à l’agent pathogène de retourner au système racinaire. Les insectes ne sont pas reconnus comme menace réelle.

Il peut aussi arriver la cloque des feuilles. Similairement à l’anthracnose, les feuilles laisseront paraître des cloques aux asques brunes et jaunes. Tailler et ramasser, c’est tout.
Si vous voyez de gros champignons orange sortir du tronc, votre chêne a probablement le polypore soufré. Ce pathogène fera pourrir le bois mort et le vivant. Il faudra dès lors se préparer à un abattage d’arbre avant que le chêne ne s’affaiblisse.

Puis, la rouille-tumeur des chênaies, maladie qui attaque normalement les pins, peut infester le chêne s’il en est à proximité. Le champignon arrive parfois à boucler son cycle en présence du chêne qui n’est considéré que comme une hôte alternant, et non principal. Il faut alors élaguer les branches desquels on aperçoit les petits champignons sur les feuilles. Ensuite, disposer ou brûler.

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Dominic Perugino
Dominic Perugino

Comments

  1. À quel distance d’une maison serait-il recommender de planter cet arbre?

    Est-ce que ses racines pourraient briser le salage ou les fondation de la maison?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : septembre 28, 2016 at 5:53

      Un minimum de trois mètres est recommandé, bien que l’idéal serait une distance égale à la hauteur maximale de l’arbre à maturité. Dans ce cas-ci, il faudrait le planter à 25 mètres de la maison, ce qui n’est guère réaliste pour une plantation urbaine. Si votre solage et votre fondation sont d’emblée intactes et que vous respectez un minimum de 3 mètres avec votre maison, vous ne devriez pas avoir de problème.

      • Bonjour,
        mon chêne rouge a été planté il y a 8 ans et il se porte bien,
        mais à chaque automne il ne rougit pas!!! Les feuilles passent directement du vert au brun… Que l’automne soit doux ou froid, pluvieux ou sec, cela ne change hélas rien, pas le moindre reflet rouge, bordeaux ou pourpre… Auriez-vous une explication svp? Cordialement
        Yves

        • Dominic Perugino Dominic Perugino : novembre 2, 2016 at 3:37

          Je n’ai pas d’explication pour ce phénomène. Mon hypothèse de base serait qu’il s’agit peut-être d’une autre sorte de chêne.

  2. je dois refaire mon gazon autour d’un chêne écarlate. J,ai creusé environs 5 a 6 ponces autour de l’arbre pour retirer le plus possible de vers blanc dans le sol. Ensuite je vais retourbé. Y a t-il un danger pour mon chêne étant donné qu’il y a beaucoup de petite racines de surface.

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : décembre 4, 2016 at 6:19

      En effet, il se pourrait que l’arbre en souffre. Les dommages n’apparaîtront pas forcément dès la première année. Je vous conseille d’inspecter votre arbre à chaque été pour vérifier s’il dépérit.

  3. Bonjour,

    J’ai lu quelque part, mais je n’arrive pas à retrouver la source (possiblement Timbal), que le bois de chêne rouge d’Amérique en plantation (cernes annuels plus larges) était de plus grande qualité que le chêne poussant en forêt naturelle. Qu’en est-il? Merci

    Salutations

    Luc

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : avril 10, 2017 at 10:37

      Je sais que le bois de chêne est de très bonne qualité, mais je ne connais pas la différence qu’apporte la plantation.

  4. Ginette Beaulieu : avril 19, 2017 at 8:49

    Pourquoi mon chêne garde ses feuilles morte même en ete il en reste encore

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : avril 19, 2017 at 11:48

      C’est tout-à-fait normal. Le chêne, comme le hêtre, a des feuilles marcescentes. Elles attendent l’apparition des nouveaux bourgeons pour tomber.

  5. Bonjour, j’ai un chêne rouge d’Amérique qui est à environ 5 mètres d’un pin gris (cyprès). Est-ce ce dernier qui cause les bulbes brunes apparaissant sur les feuilles de mon chêne. Si j’enlève le pins, est-ce cela réglera le problème? Merci de me répondre.

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juin 22, 2017 at 4:40

      Avec votre description, il semble s’agir d’une maladie des feuilles. Votre pin n’est certainement pas responsable de cela.

  6. Bonjour j’ai 4 chênes dans ma cours arrière. Ils ont plus de 20 ans mais moins de 30 ans. ils ne produisent pas encore de gland. Après combien d’année ils vont produire des glands.

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juin 28, 2017 at 2:56

      Le début de la production des glands chez le chêne commence généralement vers l’âge de 25 ans. La production optimale sera à l’âge de 50 ans. Par contre, la production de fruits par le chêne est connue pour être irrégulière.

  7. Maryline Ponsard : août 7, 2017 at 5:09

    Mon chêne rouge a 3 ans. Ses feuilles au mois d’août sont de couleur vert pâle. Que lui donner pour que le feuillage reverdisse.

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : août 21, 2017 at 3:13

      Du fumier de poule composté pourrait faire l’affaire. Une application de mycorhize au niveau des racines pourrait aussi aider.

  8. Huguette Lalande-Bérard : août 24, 2017 at 8:50

    Y-a-t-il quelque chose à faire avec un chêne qui  »pleut » de la sève collante?? De quoi s’agit-il?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : août 30, 2017 at 5:56

      Il se peut que votre arbre soit attaqué par les pucerons. Ceux-ci produisent du miellat qui correspond à la « sève collante » que vous décrivez. Les pucerons sont amenés par les fourmis. Éliminez les fourmis et cela devrait régler votre problème.

  9. Jeannot Michaud : septembre 23, 2017 at 8:47

    Bonjour, J’ai cueilli environ 150 gland de chêne rouge et j’aimerais être certain de la meilleure méthode de stratification. Certain site web parle du frigo et éviter le congélateur, d’autres le contraire! Frogo pendant 3 mois ou congélateur?

  10. Claudine st-gelais : octobre 4, 2017 at 6:24

    Bonjour je suis bâtie à St-jean sur Richelieu et ma cour est au sud avant comme arrière et j’aimerais m’acheter un arbre pour mettre à l’avant de ma maison et j’aimerais qu’il soit spectaculaire soit pour ses fleurs au printemps et sa couleur pour l’automne????? Idée de choix S.V.P.
    M

  11. Bonjour
    J’ai fait planter un chêne rouge au printemps 2016 il a fait de petites feuilles peu nombreuse. Cet été (2017) il a fait un peu plus de feuilles et plus grosses. Devrais-je appliquer du compost cet automne?

  12. Quand-est-ce que les feuilles de chêne rouge tombe t’il?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : novembre 2, 2017 at 3:53

      Les feuilles du chêne sont persistantes. Elles tombent seulement lors de l’éclosion des bourgeons au printemps.

  13. Voignier Patrick : avril 14, 2018 at 2:26

    Bonjour, je n’ai que 50cm de profondeur ensuite il y a de la roche. Ça ne posera pas de probleme ?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : avril 23, 2018 at 8:12

      L’idéal est d’avoir au moins un mètre de profondeur. Pour compenser, il faudrait que votre arbre ne soit pas limité en largeur pour qu’il puisse propager ses racines à l’horizontal le plus plus possible.

      Avec ces conditions, mieux vaudrait opter pour un arbre à petit déploiement, comme un lilas japonais.

  14. Darveau Claude : juin 6, 2018 at 5:35

    Bonjour
    Nous avons un gros cedre au pied duquel pousse un beau chene rouge… avec des fils de l’hydro au dessus et une piscine creusée 15 pieds plus loin.Est ce realiste d’essayer de garder le chene en coupant graduellement des branches du cedre afin de lui faire de la place?
    Merci

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juin 7, 2018 at 6:12

      C’est réaliste, mais il faut considérer qu’à long terme, l’entretien des lignes électriques vont l’affecter.

  15. Jean-Francois Gaudette : juin 10, 2018 at 11:51

    Bonjour, j’ai un grand chêne rouge d’environ 45 ans et 10 mètres de hauteur, dont le tronc est comme cannelé et il en sort à la base du tronc une sève visqueuse, épaisse couleur beige-rouille. Cela m’inquiète.
    Est-ce grave doc?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juin 19, 2018 at 4:48

      Il m’est impossible de faire un diagnostic sans avoir l’arbre devant moi, mais avec la description, ça n’a pas l’air très grave.

  16. Bonjour,

    j’ai transplanté 3 chênes rouge au printemps et ils ne débourrent pas, ils ont fait quelques feuilles tout au plus. A quoi puis-je m’attendre sur la survie de ces arbres? et y-a-t’il quelque chose que je puisse faire pour aider?

  17. Bonjour,

    Les feuilles de mon chêne rouge ont des taches/boursoufflures jaunes, est-ce grave? Que dois-je faire?

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