L’élagage des arbres : les bonnes et les mauvaises pratiques


16 Sep 2021

Introduction

Les arbres offrent de nombreux bienfaits, nous le savons tous ; ils purifient l’air, ils fournissent de l’oxygène, ils réduisent les ruissellements et l’érosion du sol, ils réduisent les îlots de chaleur et ils apportent une beauté incomparable aux paysages. Bref, il en devient presque absurde d’essayer d’énumérer les avantages des arbres, ils sont une partie essentielle de notre habitat. Or, en contexte urbain, la présence des arbres pose certains défis, comme la résistance à la pollution et la proximité avec les structures. C’est ici qu’intervient l’art de l’élagage maîtrisé par les arboristes formés à cet effet. Mais comment procéder ? Tous les arboristes savent grimper dans un arbre pour en faire l’entretien, mais il y a toujours la question de ce que le propriétaire demande. Ce dernier demandera-t-il des interventions nuisibles à l’arbre, et si oui, l’arboriste saura-t-il expliquer les raisons de son refus ? Il peut s’agir bien souvent de bonnes intentions, parfois moins bonnes, mais nous croyons que ce sont surtout les connaissances qui manquent. Nous vous présentons ici les bonnes pratiques contre les mauvaises, pour ne pas dire les terriblement mauvaises.

L’élagage, c’est quoi ?

Pour bien comprendre les bonnes pratiques, il faut comprendre le but de la pratique. L’élagage est un art qui consiste à harmoniser un arbre avec son environnement et à prévenir les défauts structuraux. Cette harmonisation implique aussi l’élimination des dangers potentiels. Ainsi, un arbre qui pousse dans une forêt n’aurait, en théorie, jamais besoin d’intervention humaine pour son bien-être. Cette notion est essentielle pour bien comprendre les bonnes pratiques de l’élagage. En effet, hormis certaines exceptions, c’est l’être humain qui, pour ses besoins, bénéficie de l’élagage. Un arbre pousse trop près de la toiture : on enlève les branches nécessaires pour créer la distance appropriée. Un arbre menace d’endommager les fils électriques : on élague pour assurer la sécurité. Un arbre mature présente une quantité importante de branches mortes possiblement dommageables pour les biens et possiblement dangereuses pour la sécurité des personnes : l’arboriste grimpeur les enlève avec le soin de ne rien endommager.

L'élagage d'un arbre est un art important à maîtriser

L’élagage d’un arbre est un art important à maîtriser

Les bonnes pratiques

Au regard de l’arbre en soi, l’élagage est un mal nécessaire pour qu’il puisse s’épanouir en harmonie avec les structures essentielles aux humains. En comprenant ceci, on peut mieux envisager pourquoi l’arboriste professionnel refusera d’enlever des branches saines inutilement. Les normes établissent ainsi qu’un élagage qui enlèverait plus de 20 % de masse foliaire à un arbre peut causer un stress dommageable.

Une bonne pratique arboricole se résumerait donc à respecter le seuil du 20 %, mais aussi à viser d’enlever le moins possible à l’arbre. En aucun cas, il n’est un bien en soi d’enlever à un arbre ses branches, à moins qu’elles soient mortes, ou qu’elles présentent des défauts structuraux. Un défaut structurel typique est la présence de branches interférentes, c’est-à-dire deux branches qui se frottent et qui se blessent. L’idéal est de repérer ces défauts avant que les branches ne deviennent des sections trop développées, car il est possible alors que le retrait d’une des sections soit plus dommageable que ladite interférence.

Élagueur certifié chez Arboplus au Québec

Élagueur certifié chez Arboplus au Québec

Une bonne pratique doit aussi chercher le consensus entre le bien de l’arbre et les préférences du propriétaire de celui-ci. Ainsi, le dégagement d’un fil ou d’une toiture est essentiel, mais, pour s’harmoniser avec son milieu, il faut aussi faire en sorte que l’arbre s’accommode aux préférences de son propriétaire, dans la mesure du possible. Un propriétaire pourrait donc vouloir plus de soleil pour sa pelouse ou sa piscine, avoir plus d’espace dans sa cour, etc. Tant que l’élagueur est capable de modifier la charpente de l’arbre en fonction de ces préférences tout en s’accordant avec les bonnes pratiques, le travail est possible. Or, il y a des préférences qui, en principe et en pratique, mériteront toujours d’être contestées.

Les mauvaises pratiques

Ainsi, la limite imposée d’enlèvement de masse foliaire est fixée à 20 %. Si un élagage va au-delà de ce taux, il peut en résulter un stress pour l’arbre. Il va de soi qu’un élagage qui enlève plus de 20 % de branches vivantes peut être qualifié de mauvaise pratique. Il existe aussi certaines pratiques dommageables qui ne concernent pas la quantité comme telle. Par exemple, le fameux étêtage d’arbre, qui consiste à enlever la cime, c’est-à-dire la tête de l’arbre. Plusieurs raisons peuvent motiver un propriétaire à demander à un élagueur d’étêter son arbre ; on s’imagine qu’une limitation de la hauteur apportera une sécurité ; un certain souci esthétique quant à la grosseur souhaitée de l’arbre ; l’idée que le retrait de la tête de l’arbre lui ferait du bien. Non seulement l’étêtage n’accomplit généralement pas les objectifs escomptés, il s’agit d’une des pires pratiques et qui peut apporter l’inverse de l’effet désiré.

L’étêtage ne sécurise pas un arbre. En effet, lorsque l’on enlève la tête d’un arbre, celui-ci cherchera à produire de la masse foliaire en compensation pour la photosynthèse qu’il ne peut plus produire. Ceci se fera par le rejet de gourmands qui ne seront pas ancrés structurellement dans le bois de cœur, contrairement à la charpente originale. Ces gourmands étant mal ancrés, ils sont encore plus susceptibles de briser et de causer des dommages. La seule solution serait alors d’effectuer l’émondage des pousses chaque année (technique appelée « polarding »), mais cela nécessite un engagement à long terme et un investissement illogique. L’idéal est de bien prévoir les dimensions à maturité de l’arbre pour sa plantation. Mieux vaut aussi évaluer les risques réels : en quoi la hauteur, dans le contexte en question, est-elle un véritable facteur de risque ? Un arboriste professionnel peut vous donner son avis.

L’étêtage n’embellit pas l’arbre. On me dira que c’est une question de goût… bien d’accord. Qu’on me permette toutefois de défendre mon point. Il est vrai que certaines cultures rigoristes, par exemple l’art du bonsaï ou les jardins français, sont en mesure de produire de véritables merveilles, mais il ne s’agit pas d’étêtage comme tel. Si quelqu’un se sait compétent pour ce genre de culture, il saura aussi qu’il y a un temps et une manière de faire ; et la manière de faire n’est certainement pas d’attendre qu’un arbre soit mature pour ensuite lui enlever sa tête en lui créant de grosses blessures. Cela dit, même si quelqu’un pouvait trouver beau un érable à sucre de cinquante ans qui vient tout juste de se faire décimer la tête, je maintiens que la pratique est nuisible pour l’esthétique. La raison en est que la santé de l’arbre se portera plus mal. Autour des gourmands de survie se produiront de la pourriture et du bois mort qui ne pourront certainement pas être qualifiés de beaux. Par la suite, la structure naturelle de l’arbre sera interrompue, les gourmands poussant à la verticale créeront ainsi une allure artificielle et débridée. De plus, la production de gourmands demande à l’arbre de puiser dans ses réserves, ce qui le rend moins résilient aux maladies, en plus de diminuer son espérance de vie. Avec le dépérissement accéléré, comment maintenir son goût pour le look étêté ? Donc, même si on pouvait jurer son appréciation pour l’arbre étêté, les conséquences ayant rapidement des répercussions sur l’allure de l’arbre, il ne me semble pas que ce soit une bonne justification.

Mauvaise pratique arboricole - étêtage d'arbre

Mauvaise pratique arboricole – étêtage d’arbre

Quant à l’argument d’un certain bénéfice pour la santé de l’arbre, la science arboricole a prouvé qu’il s’agit d’une croyance sans fondement. Certes, en confondant les pratiques jardinières avec l’élagage, il arrive que l’on s’imagine bien faire, mais un chêne rouge n’est pas un plant de tomates… il ne s’agit pas du même art. Par l’apparition des jeunes pousses de gourmands, l’œil amateur peut avoir l’impression d’un certain rajeunissement, mais il faut comprendre qu’il s’agit d’une dépense pour l’arbre et d’une compensation.

Mentionnons aussi une pratique qui, bien que révolue, est encore utilisée par quelques conservateurs récalcitrants. Il s’agit de l’élagage aux éperons ( à la grimpette en bon québécois). Les éperons ont fait l’objet d’une interdiction pour l’élagage dans la plupart des municipalités ; ceux-ci sont en effet réservés à l’abattage. Lors d’un abattage, il est requis d’utiliser les éperons pour que l’arboriste puisse se déplacer convenablement dans l’arbre. Or, avec les techniques les plus récentes, les élagueurs utilisent un système de cordes qui leur permet de se déplacer dans l’arbre sans avoir besoin d’éperons. Il est important de respecter cette norme, puisque, les déplacements étant nombreux dans un arbre lors d’un élagage, l’arbre se retrouverait tout plein de trous et de lacérations dont les éperons seraient responsables. Ces blessures deviennent alors des passages privilégiés pour l’entrée de pathogènes.

En résumé

Les bonnes pratiques :

  • Un bon élagage enlève le minimum à un arbre
  • On n’enlève jamais plus de 20% de la masse foliaire
  • L’élagage priorise la santé de l’arbre tout en le rendant agréable pour son milieu

Les mauvaises pratiques :

  • Enlever plus de 20% de masse foliaire
  • Enlever la tête de l’arbre
  • Élaguer avec des éperons
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Dominic Perugino

Comments

  1. […] la couronne ainsi fait, c’est l’esthétique qui est bonifiée, mais aussi, pour bien des cas, le dégagement des structures qui est assuré, puisqu’un arbre dont la cime se développe en hauteur aura moins tendance à […]

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