Les racines

Les racines
29 Avr 2015

Considérant le sol comme un système complexe d’opération par les insectes, les champignons et les microbes, les experts en arboriculture ont ce qu’il faut pour comprendre ce qui ne va pas avec nos méthodes conventionnelles de traitement des plantes. En effet, pour ce qui est de la santé et de nos arbres, ce sont les racines qui doivent toujours être priorisées. Des études ont démontré que lorsque les racines des plantes vivent dans un sol en santé, c’est-à-dire un sol dont la vie est abondante, les arbres ont une meilleure capacité de résister aux maladies et aux parasites. Avec ces notions, nous voulons tourner notre attention sur le rôle des racines avant de pouvoir parler, dans un prochain article, des fameux champignons mycorhiziens.

Trois fonctions des racines

Pour ce qui est des arbres, les racines se spécialisent dans trois domaines. La première spécialisation est celle de fixer l’arbre dans le sol. La seconde est le stockage des réserves, comme le carbone et l’azote qui seront nécessaires pour la renaissance de l’arbre au printemps. La dernière est celle qui consiste à nourrir l’arbre en eau et en minéraux, ce qui requière un sol en santé.

Les racines ligneuses

On divise les racines en deux sortes : les ligneuses et les fines. Les racines ligneuses constituent ce qu’on pourrait appeler le squelette du système racinaire. Comme les rameaux portent les feuilles qui servent à l’alimentation, ce sont les racines ligneuses qui portent les racines fines, elles aussi détenant la fonction d’alimenter l’arbre. Lors des saisons froides, ce sont celles-ci, les ligneuses, qui garderont en elles les réserves nécessaires au redémarrage lors du printemps. Cette fonction de la racine ligneuse est particulièrement importante au Québec. En effet, avec nos hivers très froids, l’arbre en dormance doit être prêt à se refournir rapidement lors du printemps pour ne pas se trouver pénalisé en sucres photosynthétisés. Un manque à cette fonction vitale peut entraîner une dégradation de la santé de l’arbre aux changements de saisons. C’est ici une mise en valeur des procédés des êtres vivants qui sont dans le sol et qui doivent coopérer avec le système racinaire, sans quoi les ressources ne pourront être accumulées tout le long de l’année, et ne pourront pas non plus être mobilisées au printemps. Par ailleurs, les racines sont en dormance l’hiver, elles ne sont pas mortes! Ceci implique qu’elles continuent à jouer un rôle vital. En effet, les racines ligneuses doivent s’occuper de l’entretient de divers tissus de l’arbre, en fournissant de légères doses de glucides, de protéines et autres nutriments.

Les racines fines

Pour ce qui est des racines fines, comparables aux feuilles de l’arbre, elles sont nombreuses, mais fragiles. Tout comme les feuilles, elles ne vivent qu’une seule saison de végétation. La majorité meurt lors de l’arrivée de l’hiver, tandis qu’un certain nombre se développera pour devenir des racines ligneuses. Les racines fines ont pour tâche de se répandre, d’envahir le sol, pour ainsi dire, et aller puiser les nutriments. Comme leur rôle n’est pas le stockage, mais bien l’absorption des nutriments, elles sont fines au point d’avoir besoin d’une loupe pour les voir correctement. Ainsi, un arbre peut contenir dans son système racinaire près de 5% de racines fines, mais ceci peut représenter 90% de la longueur totale. L’activité d’absorption se fait près de la surface du sol, là où sont concentrées les richesses nutritives. Cette nutrition vient de l’humus produit par les déchets végétaux, mais nos sols en milieu urbain en sont bien souvent pauvres à cause du nettoyage acharné et de l’absence de compostage.

La nécessité d’une symbiose avec un partenaire

Cependant, les racines fines ne sont rien sans partenaire. Les découvertes récentes, qui retiennent l’attention des compagnies d’émondage et d’élagage, ont prouvé que les racines ne seraient pas même capables d’obtenir leurs nutriments essentiels si ce n’était de la présence des champignons dits mycorhiziens. Loin d’être une simple option pour la santé des arbres, les mycorhizes sont des champignons qui forment une symbiose avec les racines, laquelle est présente dans nos sols depuis des millions d’années. En bref, les mycorhizes dépendent des racines, et les racines dépendent des mycorhizes. De telle sorte que les racines fines, responsables de l’obtention des nutriments, sont en fait des organes mixtes formés par l’association entre les mycorhizes et les tissus du cortex racinaire. L’un ne peut vivre sans l’autre. Il s’agit d’une symbiose mutualiste dont les bénéfices sont réciproques. Les mycorhizes contribuent en formant des extensions aux racines fines et en améliorant l’absorption des nutriments essentiels, alors que les racines offrent en échange une partie de ses sucres photosynthétisés. Il s’agit ici d’un clin-d’oeuil aux élagueurs et émondeurs quant à l’utilisation de cette nouvelle solution.

Une alternative simple et durable en arboriculture

Comprendre le rôle des mycorhizes pour le bon fonctionnement des racines est d’une importance capitale pour l’arboriculture d’aujourd’hui. Normalement, les mycorhizes sont présentes partout, et ce, naturellement. Toutefois, avec la présence de produits toxiques, la fertilisation chimique et le labeur abusif des sols, leur nombre est en décroissance. L’utilisation des mycorhizes s’avère une alternative durable aux emplois d’engrais chimiques, mais il faut apprendre, après en avoir fait l’amendement, à les préserver. Paradoxalement, on réalise qu’un traitement durable du sol pour la santé des plantes et des arbres consiste à travailler moins. En effet, une intervention minimaliste en taille d’arbre, misant sur l’autonomie de la flore du sol et des opérations des champignons de la rhizosphère, consiste en un travail plus intelligent, mais moins forçant. Plutôt que d’opter pour des traitements qui sont toujours à recommencer et qui abîme la vie du sol, le cultivateur averti surveille la santé des organismes du sol et en prend soin, plutôt que de tenter de faire son travail à sa place. Ainsi, une application de spores de mycorhizes peut durer toute une vie, à condition de ne pas intervenir avec trop d’engrais et surtout pas avec des pesticides.

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Dominic Perugino
Dominic Perugino

Comments

  1. […] disposer des feuilles infectées pour ne pas permettre à l’agent pathogène de retourner au système racinaire. Les insectes ne sont pas reconnus comme menace […]

  2. […] urbaines. En bordure de rue, le chêne des marais peut endurer le sel de déglaçage. Ses racines sont moins reconnues pour leur profondeur, mais, en revanche, on note sa capacité à composer avec […]

  3. […] pas se fier seulement au port de l’arbre pour le traitement des racines. Le système racinaire d’un arbre urbain ne va certainement pas à la même profondeur que la hauteur de […]

  4. […] La maladie principalement identifiée est l’anthracnose. Il s’agit d’un champignon qui laissera des taches brunes et rougeâtres sur le feuillage. On recommande l’élagage des rameaux trop affectés, mais surtout le ramassage rapide des feuilles à l’automne, pour empêcher la maladie de retourner au système racinaire. […]

  5. Monsieur,
    Nous avons un parking souterrain, dont le plafond sert de »la terrasse » ou nous avons planté nombreux buissons, arbres et fleurs.
    La profondeur de couche de terre sur le béton est de 60 cm. Immeuble est de 1970, et je ne crois pas que à cette époque une isolation a été posé entre le béton et la terre. Est ce que dans ces conditions plantation des arbres et buissons n’est pas dangereuse pour étanchéité de notre parking? ?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juillet 6, 2016 at 8:18

      Bonjour Marie,

      Généralement, les racines n’arriveront à endommager le béton seulement si le béton est déjà endommagé. Toutefois, si vous avez des inquiétudes concernant votre structure, je vous suggère de demander l’inspection d’un architecte spécialisé en aménagement paysager.

  6. Marie Eve Costisella : août 8, 2016 at 2:16

    Bonjour Dominic 😀

    Nous devons planter des arbres à longues racines pour aider à la stabilité du terrain, qui bouge un peu du au remblais en 1989 à la construction de la maison …

    Quels arbres devrions nous planter ?

    Nous pensons à l érable rouge et au saule …

    Qu en pensez vous ?

    Merci +++

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : août 22, 2016 at 6:50

      Personnellement, j’irais avec l’érable rouge sans hésiter. Son aspect rouge en automne fera toute votre joie ! Le saule n’est pas une bonne option à mon avis. Il tend à craquer facilement et n’est pas très adapté aux condition urbaines.

  7. bonjour,
    pouvez-vous me dire à quelle distance d’un cerisier existant depuis une dizaine d’années peut-on implanter une piscine ?
    d’avance merci.

  8. […] bourgeons dormant pour produire plus de feuilles, mais cela exige une dépense des ressources du système racinaire qui sont sensées être utilisées à long […]

  9. […] dormance, ce qui signifie, entre autres choses, que la sève de l’arbre est stockée dans le système racinaire. Les coupes de branches, sévères ou pas, n’auront donc aucune incidence sur les réserves […]

  10. […] sol sain est un sol dans lequel prolifèrent les insectes et champignons qui font symbiose avec les racines d’arbre. Au besoin, on peut compenser par un ajout manuel de mycorhize, de paillis, de compost et bien […]

  11. Jacques Drolet : mai 14, 2017 at 10:53

    Bonjour, tout d’abord, merci de répondre comme vous le faite. C’est un bien généreux service que vous nous rendez.
    Une inondation avec des vagues fortes (vent sur un lac très grand) ont arraché une partie de la terre du littoral, laissant toutes les racines de nos arbres à nues.
    Maintenant que l’eau se retire, nous ne savons pas quoi faire pour préserver nos arbres.
    Que nous conseillez-vous?
    Merci de votre attention.

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : mai 18, 2017 at 5:27

      Pour bien préserver les arbres, il faut éviter que les racines ne sèchent. L’idéal serait de les recouvrir d’une terre quelconque. Provisoirement, vous pouvez arroser les racines pour éviter qu’elles ne sèchent.

  12. Bonjour, nous avons creusé pour créer une petite mare de notre jardin. Une racine de notre noyer traverse la mare.
    Peut elle être constamment submergée? Ne risque t elle pas de pourrir et nuire à l arbre.
    Merci de votre conseil.

  13. Bonjour
    Mon voisin a un érable argenté sur son terrain, à environ 30 cm de la limite de mon terrain. Petit à petit, les racines envahissent mon terrain, mes plate-bandes et grossissent pour émerger au travers de mon gazon. Si j’extrapole la tendance actuelle, mon terrain ne sera plus qu’un tas de racines d’ici quelques années.
    Y a-t-il quelque chose à faire dans une telle situation?
    Merci

  14. Nous avons 2 séquoia de plus de 200 ans.
    Pour le premier: Malheureusement ses racines ont grossit et endommagent en s étendant le revêtement des allées enrobées.
    Peut on supprimer celles ci sans affecter ce superbe arbre.
    Quant à l’autre séquoia il a perdu sa tête de 15 mètres environ aux dernières tempêtes. Faut il le laisser vivre et sans doute mourir avec le temps ou faire quelque chose à la cassure. Ce qui devrait être difficile?
    Merci pour vos conseils.

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : novembre 12, 2018 at 8:40

      Pour ce qui est de la suppression des racines, il faut s’assurer que ce ne soit pas plus de 20% de celles-ci. Quant à la brisure, une inspection par un professionnel serait de mise, celui-ci pourrait identifier un appel-sève pour prendre le relais de la tête cassée.

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