Arbres indigènes du Québec


23 Mar 2015

Un patrimoine écologique

Compte tenu de l’avantage esthétique et écologique d’une arboriculture riche en nuances, il reste à se demander s’il existe des essences d’arbres qui contribuent mieux que d’autres à la santé faunique. La réponse est oui, mais cela doit être évalué en fonction du lieu. Ce sont les essences dites indigènes qui sont les meilleures pour favoriser l’équilibre écologique. Valoriser notre patrimoine naturel par une arboriculture « écosensible », voilà la solution. Avec l’agrile du frêne, lorsqu’il faut couper un arbre, il faut aussi le remplacer. Ce sera l’occasion pour les municipalités, mais aussi pour les consommateurs, d’emprunter la nouvelle voie pour une arboriculture réfléchie, celle qui est de miser sur la diversité et sur la localité.

Comment qualifier un arbre comme indigène

En ce qui concerne l’authenticité d’un arbre que l’on peut appeler indigène, il faut y aller avec le gros bon sens. Le févier d’Amérique, par exemple, peut être compté comme une essence indigène si l’on considère le nord de l’Amérique comme un écosystème en soi. En effet, l’idée de nativité d’un arbre ne concerne pas les frontières politiques, mais bien l’adaptation d’une essence à un écosystème particulier. Comme le févier d’Amérique pousse très bien juste au sud de la frontière canadienne, il ne sert à rien de le considérer comme exotique, contrairement à un arbre de Chine dont les conditions écologiques et météorologiques sont complètement différentes.

Il y a aussi les arbres dits : cultivars. En effet, bien des essences indigènes ont subi des modifications horticoles pour changer, soit la couleur, soit la forme ou encore la grosseur. Ces arbres conservent leur génétique, mais développent parfois des pathologies, il faut donc faire des choix avisés. Par ailleurs, comme la modération a bien meilleur goût, il faut affirmer que les essences horticoles peuvent parfois être de mise. Justement, les féviers d’Amérique que nous avons dans nos villes sont inermes, c’est-à-dire que leurs épines leur ont été enlevées par des modifications horticoles. Force est de constater que les gens ont eu pitié des émondeurs et élagueurs! Imaginez l’expert en arboriculture devoir grimper dans un arbre aux énormes épines!

Ramener la faune urbaine

Aujourd’hui, la majorité des milieux urbains ne comptent pas plus que la moitié de leurs arbres parmi les essences indigènes. L’aspect exotique des arbres importés est séduisant et donne une touche unique aux paysages. Notre propos n’est pas ici de rejeter en bloc l’utilisation des arbres importés, mais plutôt de valoriser l’utilisation des essences indigènes et d’en souligner les avantages.
Les insectes et plusieurs races d’animaux dépendent des essences d’arbres avec lesquels ils se sont adaptés dans leurs milieux. Ils s’en servent comme abris et comme nourriture. C’est de cette façon que le choix des arbres indigènes contribue à la faune. Des chercheurs ont découvert que les milieux urbains dominés par des essences indigènes pouvaient attirer jusqu’à 25 fois plus d’activité animale que les lieux avec des arbres importés. De plus, à l’intérieur de cette faune, il y a des agents pollinisateurs et d’autres sont des prédateurs naturels contre les espèces nuisibles.

Des bénéfices réciproques

Le fait d’attirer papillons, oiseaux, pollinisateurs et animaux sauvages est aussi bénéfique pour ces espèces en question que pour les arbres-hôtes. De plus, les arbres indigènes ont aussi de meilleures chances d’avoir une longe durée de vie. En effet, étant le fruit d’une évolution et d’une adaptation locale, ils sont habitués au ph de notre sol ainsi qu’à sa microflore et à sa rhizosphère. Chaque espèce d’arbres se joint à des types de champignons bénéfiques (mycorhizes) différents qui sont présents dans les sols. Or ces champignons sont tout autant dépendants de leurs arbres indigènes habituels que les arbres le sont d’eux. De sorte que la raison d’être de certains champignons symbiotiques est la présence de certains types d’arbres. Ils n’attendent rien de moins que trouver des racines d’arbres indigènes comme hôte. Ainsi, lorsque vous plantez un arbre indigène, vous le plantez dans un sol qui est déjà bien adapté pour lui, mais, aussi, vous faites du bien à la microflore du sol qui dépend des arbres avec lesquels elle a évolué. Bien entendu, les sols en milieu urbain sont souvent perturbés par le compactage, le sel de déglaçage, etc. Toutefois, les essences d’arbres ont été recensés selon leur capacité d’adaptation à ces formes de pollution. Vous y trouverez des suggestions qui sauront vous indiquer le meilleur arbre pour votre situation à vous.

Finalement, l’indicateur clef d’une arboriculture intelligente est la quantité de travail qui diminue. Les espèces moins adaptées à nos climats nécessitent des soins spéciaux : fertilisation, insecticides, émondages récurrents, arrosage, etc.. L’avantage des arbres indigènes est qu’ils ont imposé leur présence naturellement dans notre climat, sans intervention de compagnies d’arboriculture ou de pépinières. Ils promettent donc une meilleure indépendance. Toutefois, les arbres en milieu urbain ont majoritairement des éléments qui obligent l’entretient. Par exemple, les arbre en forêt poussent généralement en ligne droite pour atteindre le soleil. En effet, la forêt ne laisse généralement le soleil percer qu’avec parcimonie. Tandis qu’un arbre en milieu urbain obtient généralement du soleil en abondance et dans tous les sens. Ceci peut provoquer le développement de têtes adventives dont les fourches sont plus faibles. Au besoin, un élagueur saura faire la coupe nécessaire pour prévenir d’éventuels problèmes. Autrement, l’élagage sera fait dans le soucis de bien dégager les infrastructures importantes, comme votre maison, votre cabanon, ou encore votre piscine.

Ainsi, en misant sur la localité, nous préserverons notre patrimoine naturel et nous contribuerons à maintenir la faune urbaine. En choisissant le bon arbre pour le bon endroit selon une rusticité adéquate, nous aurons des arbres en santé qui sont beaux à voir, ne nécessitant que peu d’interventions arboricoles.

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Dominic Perugino

Comments

  1. […] variété d’animaux, notamment les oiseaux et les rongeurs. À cet effet, le hêtre est un arbre indigène qui contribue au maintient d’une faune saine en milieu […]

  2. […] les arbres indigènes du Québec qui contribuent à la faune urbaine, le tilleul tient une place notable. Attirant les abeilles, il […]

  3. […] qu’il ne soit pas, à proprement parler, un arbre indigène du Québec, le févier d’Amérique est si répandu et si adapté pour nos milieux urbains, qu’il […]

  4. […] changera du rouge orangé au pourpre foncé, pour terminer vers le bleu noir. En qualité d’arbre indigène très répandu en Amérique du Nord, le fruit du micocoulier nourrit de nombreux mammifères et […]

  5. Jean Larouche : mars 3, 2018 at 10:03 pm

    Est-ce que l’épinette rouge est différent du mélèze. Dans plusieurs publications, ça semble être la même chose. Je crois qu’il s’agit des deux espèces différentes.

    • Dominic Perugino : mars 5, 2018 at 10:59 am

      Il s’agit en effet de deux espèces différentes. La différence la plus notable est que le mélèze perdra ses aiguilles à l’hiver.

  6. […] l’érable remonte à loin dans nos racines, le contexte urbain peut lui être difficile. Il est indigène au Québec, c’est vrai, mais cela ne garantit pas son adaptation aux conditions urbaines. Si vous avez […]

  7. Très intéressant! Merci!

  8. […] est envahissante lorsqu’elle pousse et se répand de façon à surpasser la végétation indigène. Elles ont tendance à être difficiles à éliminer et à se reproduire très rapidement. Il […]

  9. […] rusticité, étant capable d’endurer des températures aussi basses que -30 degrés Celsius. Indigène du Québec, floraison magnifique, bonne rusticité et petite taille sont des traits qui en font un arbuste, ou […]

  10. […] concernant son nom (et nous l’appellerons volontiers par le nom de cèdre), il s’agit d’une espèce indigène du Québec très répandue et souvent utilisée comme arbre ornemental. En général, on l’utilise pour la […]

  11. […] aussi classé parmi les caryers sous le nom de caryer cordiforme, est un arbre à fruits de pacanes indigène du sud du Québec et de l’Ontario. Parmi tous les caryers, il est le plus répandu au […]

  12. […] à lui imposer une dominance apicale pourrait lui nuire. Puisqu’il n’est pas particulièrement rustique de notre région, il se peut qu’il produise quelques branches mortes, celles-ci seront à enlever au printemps. Du […]

  13. […] de cet arbre comme une introduction par le sud des États-Unis, d’autres affirment qu’il est un arbre indigène du Québec dans tous ses droits. Qu’il soit introduit ou non, sa zone de rusticité (3a) nous permet de le […]

  14. […] sapin de Douglas, aussi connu sous le nom de pin d’Oregon, est l’un des arbres les plus grands du Canada. Il ne figure donc pas ici comme arbre à recommander pour le jardin, mais comme essence […]

  15. […] tant qu’arbre indigène de l’Amérique du Nord, l’érable à Giguère contribue à la vie des insectes, des oiseaux et […]

  16. […] que le jacaranda ne peut endurer des températures plus basses que -7 °C ; impossible donc de le cultiver dans des températures nordiques. Cependant, les québécois qui ont l’habitude de passer leurs hivers en Floride pourraient avoir […]

  17. […] qui se cherche un arbre exotique veut généralement quelque chose de différent. On sait que les arbres indigènes comportent de nombreux avantages, en particulier pour la forêt urbaine, mais aussi pour la flore. […]

  18. […] du commun, mais aussi parce qu’il entre dans la pratique de l’aménagement paysager comestible. Rustique et indigène du sud du Québec, il pousse également dans le sud de l’Ontario et du […]

  19. […] incontournable des arbres indigènes du continent américain est sans contredit le peuplier faux-tremble. En effet, il s’agit d’un […]

  20. […] pin blanc, conifère indigène du Québec, est plus présent au Canada qu’il ne l’était autrefois. Grâce à sa reprise facile et son […]

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