Le chêne à gros fruits

Le chêne à gros fruits, Quercus macrocarpa
13 Mai 2015

Quercus macrocarpa

Pour cette série, nous avons spécialement sélectionné des arbres indigènes recommandés en milieu urbain. Nos considérations vont de l’esthétique à la résistance à la pollution. Avec nos conseils, nous voulons aider les propriétaires à faire des choix éclairés quant à l’essence d’arbre et l’endroit où le planter. Nous commençons par la famille des fagales, car ils sont si répandus en Amérique du Nord.

Le chêne à gros fruits

Notre première suggestion est le chêne à gros fruits, du latin quercus macrocarpa. Cet arbre majestueux atteint en moyenne 20 mètres de hauteur et de largeur. Son tronc atteindra, pour sa part, un diamètre d’environ 60 centimètres. Ainsi, à maturité, cet arbre impressionne par son aspect imposant. En jeunesse, son port est pyramidal, mais, en vieillissant, il devient ovoïde, globulaire et irrégulier. Si l’on désire un chêne qui conservera son aspect pyramidal, il faut choisir le chêne des marais.

Un arbre rustique et irrégulier

Le chêne à gros fruits est considéré comme ayant une valeur ornementale très élevée. En effet, il donne une apparence de rusticité partout où il se trouve. Avec sa forme globulaire, mais très irrégulière, cet arbre ne donne pas l’allure soignée d’un petit buisson trimé à la perfection. Avec une largeur maximale d’environ 20 mètres, on l’apprécie généralement là où l’ombre est bienvenue. Si l’on veut préserver le port d’un chêne, mieux vaut éviter de le planter en dessous des fils d’Hydro-Québec. En effet, une distance minimale de 12,5 mètres est fortement recommandée.

Son écorce offre aussi cette allure robuste qui fait tout le respect qu’on doit à cet arbre. Avec de grosses crevasses prononcées et avec une texture qui fait penser au liège, on s’éloigne des arbres à l’écorce lisse comme le hêtre. Ceci ajoute à l’irrégularité du port de l’arbre son apparence rustique bien à lui. Or, cela est sans compter l’aspect de la feuille. Polymorphes, les feuilles ont généralement 6 à 9 paires de lobes, tous inégaux. Elles sont aussi alternes, avec des extrémités qui sont arrondies. Le dessus est vert quelque peu bleuâtre, tandis que le dessous est plutôt grisâtre. À l’automne, elles deviennent jaune orangé. On peut apercevoir des feuilles avec de profondes ondulations, et d’autres à peine lobées. Ainsi, tout dans cet arbre est au goût de l’irrégularité et de la rusticité, sans compter qu’il peut vivre jusqu’à 200 ans, ce qui ajoute encore plus à cet aspect.

Conditions optimales

Cet arbre pousse très lentement. Par ailleurs, sa reprise au printemps est difficile. Ceci a le désavantage de compliquer la plantation. Il est préférable de s’en tenir à des plants dont les racines sont en motte et de creuser un trou au moins deux fois la grandeur de la motte. Pourtant, le chêne à gros fruit s’adapte à un large éventail de sols. Il préfère les sols creux et bien drainés et moyennement humides, mais il s’adapte très bien à une terre d’argile. Il peut endurer tous les niveaux de ph, et même les sols perturbés et compactés. Ainsi, un certain défi initial de plantation n’empêche pas que cet arbre soit polyvalent.

Comme les racines de cet arbre sont très profondes et puissantes, il est impératif de l’éloigner des canalisations pour éviter de les briser. Or, la profondeur de ces racines est aussi synonyme de longévité. En effet, celles-ci permettent un meilleur accès aux ressources en eau et en minéraux, tout en assurant une solidité et un ancrage à l’épreuve des tempêtes.

Les fruits et la faune

Les fleurs de cet arbre sont insignifiantes, mais cela va de pair avec son aspect rustique. Ceci est en revanche remplacé par les glands qui lui donnent son nom. Ceux-ci sont gros et comestibles. Il ne faut pas hésiter à y goûter, les fruits de cet arbre sont reconnus pour un arôme assez doux. On suggère de les faire rôtir sur un beau feu de camp pour accompagner les guimauves. Par ailleurs, les autochtones d’Amérique consommaient régulièrement les fruits de ce chêne, croyant que ceux-ci contenaient des propriétés médicinales. On peut compter sur la chute de ces glands contenus dans une cupule frangée dès l’automne.

Comme notre faune a évolué en présence de cet arbre, en planter un dans notre milieu urbain saura aider celle-ci à prendre niche. Avec ses fruits doux et comestibles, il attire différents mammifères et oiseaux. De plus, le port majestueux propre au chêne à gros fruits est idéal pour la nidification des espèces qu’il attire.

L’élagage

Avec son port ovoïde et large, il est certain que la taille d’arbre typique à cette essence se concentrera sur les infrastructures en largeur. Ceci peut être prévu lors de la plantation. Si une distance de 12,5 mètres est suggérée pour les fils d’Hydro-Québec, rien n’empêche de prévoir une telle distance pour sa maison ou sa piscine. Il ne faut pas oublier qu’un élagage santé est un élagage minimal, mais ce n’est qu’à la plantation que l’on peut faire en sorte de limiter les besoins en arboriculture. Comme il s’agit d’un arbre dont la croissance est lente, assurez-vous que votre élagueur respecte une norme de 20% maximum de masse foliaire à enlever. En effet, avec sa croissance et sa reprise étant assez lente, et avec son bois qui est un des plus durs, un émondage abusif pourrait gâcher à tous jamais l’allure de votre arbre.

Comme d’habitude, et on ne le répétera jamais assez, il ne faut en aucun cas étêter, écimer, rabattre ou encore ravaler un arbre. Ces pratiques ont toutes en commun qu’elles enlèvent à l’arbre, en tout ou en partie, sa masse vivante dans la partie la plus haute, c’est-à-dire la tête. Cette partie de l’arbre est la plus importante pour sa santé, étant la partie où se fait la majorité de la photosynthèse. C’est seulement dans des cas de stricte nécessité que l’on élague la tête d’un arbre, ce qui se fait généralement pour dégager les fils d’Hydro-Québec.

Il faut aussi se fier à la description faite ci-haut de l’arbre, si un port de 20 mètres de largeur et 20 mètres de hauteur ne convient pas, il vaut mieux choisir une autre essence. Mais si ce genre de port vous convient, faite confiance à l’arbre, il ne faut pas tenter de lui donner une allure en allant plus vite que lui. L’arboriculteur ne devrait pas avoir à faire autrement que de dégager vos infrastructures (maison, clôture, piscine, fils électriques, etc.), conserver un axe principal unique et enlever le bois mort. C’est tout. À trop vouloir contrôler la croissance et la forme de l’arbre, on finit toujours par nuire à sa santé et à son apparence.

Une dernière petite note : le bois du chêne est parmi les plus denses. Demandez à votre élagueur de conserver le bois pour vous, soi coupé en 16 pouces pour le chauffage, ou plus gros pour d’autres utilisations.

Les maladies

Même si les maladies du chêne à gros fruits sont assez rares, il vaut la peine de les mentionner. En premier lieu, il y a l’anthracnose, maladie qui se reconnaît par les lésions laissées sur le feuillage. Il y aura alors des taches brunes et rougeâtres sur les feuilles affectées. On remarquera aussi que la défoliation printanière se fait de manière prématurée. Pour régler le problème, il s’agit de ramasser les feuilles rapidement à l’automne, pour éviter que l’agent pathogène n’infecte le système racinaire, et de les brûler ou d’en disposer. Des branches trop sévèrement atteintes devraient être élaguées pour empêcher la propagation. Il ne faut toutefois pas paniquer, il ne s’agit pas d’une maladie mortelle, l’arbre peut très bien se remettre d’une telle infection.

Le chêne à gros fruits est aussi vulnérable à la cloque des feuilles. À l’intérieur des cloques se trouvent des asques qui vont du jaune au brun. La solution est encore ici de ramasser les feuilles et de ne pas paniquer! Les maladies des feuilles affaiblissent les arbres en ce que celles-ci ont plus de mal à effectuer leur photosynthèse, mais la chute des feuilles à l’automne peut, dans bien des cas, régler le problème si l’on prend le temps de bien les ramasser.

Le polypore soufré, champignon jaune orange, peut infecter le chêne à gros fruits. Ce pathogène fera pourrir le bois mort et vivant. En l’occurrence, il peut être de mise de considérer l’abattage d’arbre.

En dernière occurrence, il peut arriver que le chêne à gros fruits soit vulnérable à une maladie qui vient des variétés de pins. Cette dernière essence est hôte de la rouille-tumeur des chênaies. Pour prévenir, évitez simplement de planter votre chêne près des pins. Autrement, il est assez rare de voir le chêne contracter cette maladie qui se reconnaît par ses galles et tuméfactions sur les feuilles. Au besoin, émonder les branches fortement infectées.

Bibliographie

  • Bertrand, Dumont. Guide des arbres, arbustes et conifères pour le Québec. Broquet, 2005.
  • Farrar, John Laird. Les arbres du Canada. Les Editions Fides, 1996.
  • (forester.), Michael D. Williams. Guide D’identification des Arbres du Québec et de L’est de L’Amérique du Nord. Broquet, Incorporated, 2008.
  • Hodgson, Larry. Arbres. Saint-Constant, Qc: Broquet, 2012.
  • Langlais, Guy. La taille des arbres ornementaux. Saint-Constant, Qc: Broquet, 2002.
  • Marie-Fleurette, Beaudoin, Gaudet Martin, Rocray Pierre-Émile, et Michel Labrecque. Les arbres de Montréal. Fides, 1997.
  • Pellerin, Gervais, et Hydro-Québec. Répertoire des Arbres et Arbustes Ornementaux: 1760 Espèces et Variétés de Végétaux du Québec. Gouvernement du Quebec, publications vendues, 2010.
share

Dominic Perugino
Dominic Perugino

Comments

  1. […] de rusticité ornementale. La variété du chêne rouge, cependant, est à mi-chemin entre le chêne à gros fruits et le hêtre. En effet, on reconnaît le chêne à gros fruits par son écorce brune avec ses […]

  2. Nancy Nickner : avril 4, 2016 at 9:45

    Bonjour!
    Votre article sur le chêne à gros fruits est très intéressant. Je suis présentement à la recherche d’un gros arbre. J’habite à la campagne en zone agricole et la grande superficie de la terre devant la maison n’est plus exploitée depuis près de 5 ans. Je me demandais si le chêne à gros fruits serait un bon candidat! J’ai lu qu’il aimait les sols bien drainés mais serait-il à sa place sur une ancienne terre agricole (soya, maïs)? J’aurais même de la place pour 2 de ces arbres. Préférerait-il être seul ou accompagné!!!!
    Merci pour vos conseils
    Nancy

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : avril 5, 2016 at 12:50

      Merci Nancy pour vos commentaires.

      Hormis les pesticides et engrais chimiques qui auraient pu perturber l’arbre, mais qui devraient être absents puisque votre terre n’a pas été exploitée depuis cinq ans, le Chêne à gros fruits s’adapte à tous les pH.

      Puisqu’il s’agit d’une espèce à croissance lente, je ferais attention de ne pas planter des arbres à croissance rapide à proximité. Si vous choisissez d’en planter deux, je vous conseille de prévoir le port d’une largeur de 20 mètres, de sorte à ce que les arbres ne se touchent pas. L’arbre se développera adéquatement qu’il soit planté seul ou accompagné.

      Planter un ou plusieurs arbres de cet essence magnifique saura donner à votre terrain une allure rustique qui s’accorde très bien avec la campagne. Le seul ingrédient indispensable est… la patience !

  3. Marcel Ste-Marie : août 29, 2017 at 6:00

    Comment démarrer la pousse d’un chène à gros fruit à partir du fruit?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : août 30, 2017 at 5:54

      Il s’agit de prendre un gland qui est tombé naturellement et de le planter comme vous le feriez pour n’importe quel végétal.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *