Chêne des marais

Chêne des marais
26 Août 2015

Quercus palustris

Pour parler de la pertinence du chêne en milieu urbain, le chêne des marais s’impose en sortant du lot. En effet, si les autres chênes méritent notre attention pour leur aspect rustique et robuste, le chêne des marais, plus timide, apporte un peu de délicatesse ornementale à son essence.

Un chêne taillé naturellement à la perfection

On remarque, en premier lieu, la différence de cet arbre, parmi ses frères, est sa petite taille. À maturité, il atteint rarement plus de quinze mètres de hauteur et huit mètres de largeur. Son port pyramidal, typique du chêne, se préserve beaucoup plus que les autres. La majorité des chênes, ayant cette allure conique en jeunesse, perdent habituellement ce port en âge avancé et tendent plutôt vers une structure ovoïde et irrégulière, d’où son aspect rustique. Quitte à préserver intentionnellement son port délicat avec de l’émondage modéré, le chêne des marais devrait garder toute sa vie une allure régulière et soignée. Ironiquement, le chêne des marais, bien que le plus petit de son essence est celui qui pousse le plus rapidement.

Ainsi, pour ceux qui préfèrent un aménagement paysager taillé au couteau, cette espèce de la famille des chênes saura les combler. Avec un tronc bien droit, gardant facilement un seul axe principal, cet arbre saura se fondre dans un décor bien soigné. Les longues branches étalées du houppier s’élancent vers le haut pour former une cime pointue, alors que les branches horizontales tendent à s’affaisser vers le bas, le tout donnant un résultat final qui fait penser au sapin. Toujours symétriques, les branches se superposent densément, formant une charpente parfaitement perpendiculaire au tronc principal.

Son écorce est à l’opposé du chêne à gros fruits. Sans même pouvoir parler de crevasses, l’écorce est lisse, dure, et mince. Pour le peu d’irrégularité dans cet arbre, on peut apercevoir de petites excroissances, légèrement fissurées, qui vont du gris au brun, mais dont le relief est tellement plat qu’il réussit à peine à enlever la douceur de l’écorce.

Ses feuilles se distinguent difficilement du chêne rouge : d’énormes lobes pointus qui creusent presque jusqu’à la nervure centrale. Elles sont plutôt petites (7 à 13 cm) et possèdent à elles seules cet aspect « découpé » et symétrique propre à cet arbre. En été, sur le dessus, elles seront vert foncé, glabres et lustrées. En dessous, elles sont plutôt vert pâle. Or, c’est à l’automne que se glorifie le chêne des marais d’une couleur rouge vin prononcée, ce qui en fait un arbre ornemental de choix. Comme pour la majorité des chênes, il est courant de voir les feuilles demeurer en place tout l’hiver et tomber seulement au printemps.

Les fruits et la faune

Ses fruits, sans avoir la douceur reconnue au chêne à gros fruits, sont comestibles, mais amers. Les glands sont d’environ 12 mm de diamètre, contenant de minuscules graines, et mûrissent tous les deux ans. Comme il s’agit d’un arbre indigène, l’intérêt du fruit de chêne des marais concerne la faune. Fournissant de la nourriture pour les écureuils et les oiseaux (les fleurs attirent aussi les papillons), cet arbre est un choix « écosensible » qui saura améliorer l’état de la faune urbaine.

Conditions optimales pour le chêne des marais

Nous ne recommanderions pas cet arbre s’il n’était pas capable d’une bonne adaptation aux conditions urbaines. En bordure de rue, le chêne des marais peut endurer le sel de déglaçage. Ses racines sont moins reconnues pour leur profondeur, mais, en revanche, on note sa capacité à composer avec un sol moins bien drainé, voir marécageux. Il préfère une terre argileuse et légèrement acide, mais peut s’adapter à un ph assez élevé. Il est également réputé pour survivre à des inondations en hiver, bien que ce ne soit qu’en cette saison-là.

Comparativement aux autres chênes, ce type se plante plutôt facilement. Pour optimiser ses chances de bien prendre, toujours utiliser un plant en motte et planter préférablement au printemps. Ses racines superficielles ne sont pas une menace pour les canalisations souterraines. Sa hauteur de quinze mètres ne permet pas de le placer directement en dessous des fils électriques. On suggère fortement de prévoir une distance de neuf mètres pour éviter l’élagage grossier des entretiens des lignes électriques. Au mieux, prévoir une abondance de soleil.

Élagage du chêne des marais

Comme il s’agit d’un arbre à croissance rapide, il peut tolérer plus de tailles. Les émondeurs ne seront pas surpris de se faire demander des tailles ornementales pour préserver le port soigné et symétrique du chêne des marais. Pourtant, la modération sera de mise. En effet, il peut arriver à cet arbre de perdre son apparence pyramidale et tendre vers un aspect globulaire. En ce cas, mieux vaut l’accepter, car l’arbre cherchera toujours à reprendre son port naturel, l’émondage ornemental pourra alors devenir abusif et déformer l’arbre en plus de nuire à sa santé. Mieux vaut miser sur une taille d’arbre de formation en jeunesse, question de lui donner une chance de conserver l’allure souhaitée. À chaque deux ou trois ans, un élagage d’entretien pourra être fait, mais devra demeurer minimal.

On risque d’être tenté d’élaguer la tête de cet arbre sous prétexte de vouloir lui redonner son aspect triangulaire. La réponse devra toujours être non. Un grand non! Étant la partie la plus importante pour la vitalité des arbres, la partie la plus haute de la cime doit toujours demeurer intacte, à moins d’une stricte nécessité, comme pour les fils d’Hydro-Québec. On suggère cet arbre en vantant son port régulier et symétrique, mais ce n’est pas un arbuste. Une fois à maturité, il faut apprécier l’arbre pour ce qu’il est, la taille de formation n’étant pertinente que pour les premières années de la vie de l’arbre.

Autrement, son port étant relativement petit, l’élagage ne sera que peu ou pas nécessaire. N’oublions pas que la nécessité première pour un arbre mature est un élagage de sécurité. En prévoyant un périmètre de neuf mètres par rapport à vos infrastructures, il ne vous restera qu’à surveiller le bois mort et les branches interférentes pour les faire élaguer au besoin. Puis, avec ses branches basses retombantes, il faudra élever la couronne pour permettre la circulation en dessous de l’arbre.

Les maladies

Même si les maladies du chêne des marais sont assez rares, il vaut la peine de les mentionner. En premier lieu, il y a l’anthracnose, maladie qui se reconnaît par les lésions laissées sur le feuillage. Il y aura alors des taches brunes et rougeâtres sur les feuilles affectées. On remarquera aussi que la défoliation printanière se fait de manière prématurée. Pour régler le problème, il s’agit de ramasser les feuilles rapidement à l’automne, pour éviter que l’agent pathogène n’infecte le système racinaire, et de les brûler ou d’en disposer. Des branches trop sévèrement atteintes devraient être élaguées pour empêcher la propagation. Il ne faut toutefois pas paniquer, il ne s’agit pas d’une maladie mortelle, l’arbre peut très bien se remettre d’une telle infection.

Le chêne des marais est aussi vulnérable à la cloque des feuilles. À l’intérieur des cloques se trouvent des asques qui vont du jaune au brun. La solution est encore ici de ramasser les feuilles et de ne pas paniquer! Les maladies des feuilles affaiblissent les arbres en ce que celles-ci ont plus de mal à effectuer leur photosynthèse, mais la chute des feuilles à l’automne peut, dans bien des cas, régler le problème si l’on prend le temps de bien les ramasser.

Le polypore soufré, champignon jaune orange, peut infecter le chêne chêne des marais. Ce pathogène fera pourrir le bois mort et vivant. En l’occurrence, il peut être de mise de considérer l’abattage d’arbre.

En dernière occurrence, il peut arriver que le chêne des marais soit vulnérable à une maladie qui vient des variétés de pins. Cette dernière essence est hôte de la rouille-tumeur des chênaies. Pour prévenir, évitez simplement de planter votre chêne près des pins. Autrement, il est assez rare de voir le chêne contracter cette maladie qui se reconnaît par ses galles et tuméfactions sur les feuilles. Au besoin, émonder les branches fortement infectées.

share

Dominic Perugino
Dominic Perugino

Comments

  1. Très bien écrit Dominic ! :0)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *