Érable rouge

Érable rouge
08 Avr 2016

Acer rubrum

Parmi les érables indigènes et non modifiés par l’horticulture, plusieurs autres choix que l’érable argenté se présentent, mais il y a toujours la question de l’adaptabilité en milieu urbain, c’est-à-dire la capacité de l’arbre à résister à la pollution, au compactage du sol et au sel de déglaçage. Bien souvent, nous utilisons des arbres-cultivars, c’est-à-dire des variétés cultivées en horticulture pour leurs propriétés esthétique ou encore pour leur résilience en milieu urbain. Cela n’est pas mal en soi, et bien des cultivars sont pertinents, mais il y a des conséquences, par exemple, le fait que, bien souvent, les variétés horticoles sont stériles. Notre but est ici de valoriser l’utilisation des arbres indigènes, même si cela peut nous demander de redoubler d’effort pour assurer le contexte approprié pour chaque arbre. Quoi qu’il en soit, certaines essences d’arbres sont, en théorie, mal adaptées aux conditions urbaines, mais cela ne doit pas nous empêcher de les considérer. En effet, les différents arrondissements et quartiers des villes urbaines ne comportent pas tous les mêmes taux de pollution et de sel de déglaçage. Ainsi, pour ce qui est, par exemple, de l’érable rouge ou de l’érable à sucre, il serait une mauvaise idée pour les municipalités de les planter en bordure d’autoroutes ou de grands boulevards (ce qui, encore, ne serait pas entièrement impossible). Or, dans certains quartiers résidentiels, il y a moins de circulation routière et bien souvent peu ou pas de sel de déglaçage. Dans ce cas, il n’y a pas de problèmes à planter des essences dites sensibles aux conditions urbaines.

Fragile élégance

L’érable rouge, proche parent de l’érable à sucre, pouvant lui aussi être exploité pour la production de sirop d’érable est un arbre de valeur ornementale très élevée et qui doit être manipulé avec respect. Avec une vitesse de croissance moyennement lente, il peut atteindre, à maturité, près de 20 m (65 pieds) de hauteur et 15 m (50 pieds) de largeur. Mais ce port final ne sera obtenu qu’à condition d’en prendre bien soin, surtout en milieu urbain. C’est surtout dans sa jeunesse que l’érable rouge manifeste sa singularité. Il aura alors un port pyramidal, rappelant le chêne des marais, avec de jeunes ramilles rouge vif et une écorce allant du gris pâle au rougeâtre. Plus près de sa maturité, il perdra en grande partie la rougeur de son écorce et de ses minces branches pour revêtir un habit plutôt brun. De même, son port pyramidal donnera lieu à une forme plus arrondie, mais irrégulière.

Et ensuite, les feuilles… mais quelles feuilles! Les connaisseurs sont unanimes pour affirmer qu’il s’agit de l’arbre aux couleurs automnales par excellence. Elles sont petites, de cinq à dix centimètres de longueur et de largeur. En été, elles sont vertes. Or, à l’automne, les différents types de sols donneront leurs teintes particulières aux feuilles avant de tomber. Selon le ph du sol, l’érable rouge rendra des couleurs allant du rouge vif à l’orangé, du jaune au violet sombre, et parfois, un mariage de jaune et de rouge sur chaque feuille. Pour les impatients qui désirent la consolation des couleurs à l’arrivée du temps froid, l’érable rouge ne décevra pas. En effet, il est en son habitude d’être parfaitement ponctuel, voir même en avance sur les autres, pour livrer le spectacle automnal.

Conditions optimales

Bien que l’admiration envers l’érable remonte à loin dans nos racines, le contexte urbain peut lui être difficile. Il est indigène au Québec, c’est vrai, mais cela ne garantit pas son adaptation aux conditions urbaines. Si vous avez l’intention d’utiliser l’érable rouge comme arbre ornemental, veuillez vérifier que votre quartier n’est pas à proximité de la pollution et du sel de déglaçage.

Autrement, l’érable rouge aime l’abondance de soleil, mais peut tolérer une situation mi-ombreuse. Avec la largeur de son port, une distance de dix mètres (32 pieds) par rapport aux fils électriques est appropriée. Malgré sa sensibilité à la pollution, que ne partage pas son cousin argenté, son bois est plus dur et plus résistant que celui de ce dernier. Les intempéries telles que les tempêtes et les verglas ne seront donc pas aussi problématiques.

Le sol idéal sera humide, meuble, argileux, au ph acide. Pourtant, il saura s’adapter à la majorité des sols, incluant ceux qui sont compactés, et même dégradés. La seule caution concerne les sols calcaires dont l’érable rouge est allergique. Les racines y sont superficielles, mais non envahissantes contrairement à l’érable argenté. La plantation étant relativement facile, les meilleures chances de prise sont au printemps. Rappelons que les couleurs automnales dépendent en grande partie du ph du sol. À cet effet, on peut expérimenter en plantant des érables rouges à divers endroits au ph différent (à la maison et au chalet par exemple) et étudier le comportement des feuilles à l’automne selon l’emplacement.

Les fruits et la faune

Évidemment, les fruits sont insignifiants pour ce qui concerne l’expérience humaine, mais au regard de la faune, l’érable rouge est source de nourriture pour les mammifères et les oiseaux. Les cerfs de Virginie se nourrissent à même ses ramilles rougeâtres. Ainsi, l’érable rouge, en tant qu’arbre indigène, est tout à fait pertinent pour ce qui est de la faune urbaine.

Élagage de l’érable rouge

À croissance moyennement lente, un arbre est généralement sensible à l’élagage. C’est le cas pour l’érable rouge. Ce qu’il faut garder en tête, toutefois, est qu’une croissance lente signifie aussi un besoin moins grand en élagage. Une plantation adéquate, faite en fonction d’une bonne distance par rapport aux infrastructures, permettra à cet arbre de pousser librement tout en minimisant les interventions d’élagage nécessaires. Cela fait partie du requis pour profiter d’un érable rouge en santé. Avec sa sensibilité à la pollution et avec sa difficulté à récupérer après un élagage, l’idéal est de lui prévoir un endroit où il poussera en toute quiétude.

Un arboriculteur expert vous conseillera une taille d’arbre minimaliste. Ce qui veut dire, en premier lieu, la taille de formation, ensuite, l’émondage du bois mort et puis l’élagage des branches nuisibles aux infrastructures et pour la circulation. La taille de formation consistant à éviter les étranglements et à conserver un seul axe principal, il se pourrait qu’elle ne soit pas même nécessaire pour l’érable rouge, puisque celui-ci a tendance à pousser ainsi naturellement.

En aucun cas vous ne devez accepter une taille d’arbre qui préconise le mythe que l’enlèvement de la masse foliaire « fait du bien » à l’arbre, surtout pas un arbre fragile comme celui-ci. Si certains arbres peuvent survivre à la bêtise de l’étêtage, qui consiste à tailler la tête de l’arbre, l’érable rouge sera certain de ne pas s’en remettre. La devise est de s’en tenir à une coupe minimale.

Maladies

Les maladies qui attaquent les érables sont nombreuses. La plus répandue est la tache goudronnée, que l’on aperçoit surtout sur les érables de Norvège. On reconnaît cette maladie par les petites taches noires laissées sur le feuillage. Comme pour la majorité des maladies des feuilles, la solution est de ramasser les feuilles régulièrement de sorte à empêcher que le pathogène ne retourne dans le système racinaire. Il en va de même pour l’anthracnose, la cloque des feuilles et la tache des feuilles. Quand on perçoit des cloques ou des taches sur les feuilles de certaines branches, il peut être de mise de couper celles-ci et d’en disposer. Généralement, un ramassage assidu parvient à guérir le problème.

Du côté des champignons qui s’attaquent au bois comme tel, il n’y a pas toujours d’interventions possibles. Si vous apercevez des champignons sortant du tronc, selon la couleur, ou si vous voyez un trou, selon la grosseur et la couleur, il se pourrait que votre arbre soit atteint par une des maladies suivantes : le chancre eutypelléen, le chancre nectrien, le faux amadouvier, le ganoderme plat, le polypore aggloméré, le polypore géminé, le polypore pinicolore, le tramète unicolore ou encore la verticilliose. Il faut alors évaluer la situation au cas par cas. Les chancres sont comme des caries qui forment des trous par dépérissement du bois et, au fil du temps, peuvent menacer la sécurité. L’abattage de l’arbre peut alors s’avérer nécessaire pour des raisons de prévention. D’autres champignons affaibliront l’arbre, mais il peut arriver que celui-ci compose avec le pathogène. Si vous apercevez des symptômes douteux sur votre érable, n’hésitez pas à consulter un arboriculteur compétent. Celui-ci pourra vous conseiller et même vous montrer comment surveiller la progression du pathogène de sorte que vous puissiez garder votre arbre le plus longtemps possible. Si l’abattage est la seule option, vous aurez du coup le cœur net quant à la démarche à suivre.

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Dominic Perugino
Dominic Perugino

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Comments

  1. Un érable rouge est-il à déconseiller près d’une habitation.
    Si oui de combien de metre
    Merçi

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juin 21, 2016 at 4:20

      Il n’y a pas de problème à planter un érable rouge près d’une maison. Les racines ne sont pas très envahissantes. Une distance d’environ trois mètres minimum est recommandée.

  2. Bonjour
    Ses voisins seront des chênes, j’habite en région parisienne, en lisière de forêt. L’endroit est très boisé, beaucoup de chênes et de châtaignier. Malheureusement le sol du jardin en très compact ( glaise) sur lequel j’ai mis 20/30cm de terre végétale.
    Pensez vous que je puisse planter un acier rubrum?
    Merci de me donner votre avis
    Cordialement

  3. j ,habites dans la haute Lanaudière , j,ai des centaines d érables rouges sur mon terrain ainsi que dans la foret avoisinante ..ils sont tous affecter d un champignons vert pale présent plus en hauteur et très visible a la pluie , lorsque le tronc est mouillé … qu est ce que ce champigons ..il recouvres presque entièrement des longueurs de dizaines de pieds des arbres ..

    il me sembles que quand j étais jeune les érables rouges n avais pas ces champignons ….

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : mai 8, 2017 at 5:58

      Ce que vous décrivez comme un champignon pourrait aussi être de la mousse minérale. Si c’est le cas, il n’y a absolument rien à craindre, c’est naturel et inoffensif. Pour être sûr, n’hésitez pas à demander la visite d’un arboriculteur.

  4. Bonjour, j’ai un bel érable rouge dans ma cour, mais il semble malade. Ses feuilles noircissent aux extrémités et plusieurs tombent. J’ai aussi remarqué des petits grains noirs (qui s’enlèvent et s’écrasent facilement) à l’envers de certaines feuilles. Je pourrais vous montrer des photos si vous le souhaitez. Y a-t-il quelque chose à faire? Merci!

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juin 5, 2017 at 10:37

      Il se pourrait qu’il s’agisse de la tache goudronnée. Pourtant, cette maladie n’attaque pas particulièrement les extrémités des feuilles. L’idéal est de demander une estimation gratuite à un professionnel.

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