L’arboriculture et les règles de l’art

09 Sep 2015

La présence de nombreux arbres en ville comporte des bénéfices incalculables pour l’écologie, mais aussi pour la qualité de vie en général des citoyens. L’effet contre les îlots de chaleur et la pollution atmosphérique, sans compter l’aspect esthétique, sont des éléments qui ne peuvent être négligés pour le bien-être commun. Puisque les municipalités remettent pour la plupart la responsabilité aux particuliers de prendre soin de leurs arbres, il revient à chacun d’assurer un soin adéquat de leur petit morceau de nature.

Or, à la volonté de bien faire doit être jointe la connaissance et le savoir-faire adéquats. Plusieurs pratiques néfastes sont toujours en vogue en arboriculture, et celles-ci contribuent au dépérissement de la nature déjà fragile en milieu urbain. En connaissant les règles d’une pratique arboricole saine et écoresponsable, les propriétaires d’arbres qui font affaire avec les praticiens pourront exiger une qualité basée sur des critères concrets et ainsi contribuer à ce que la flore urbaine se porte mieux et à faire de leur ville un endroit où il fait bon respirer. Voici donc quelques notions qui aideront les consommateurs à faire des choix mieux éclairés pour les soins de leurs arbres.

L’écoresponsabilité de l’élagueur

Que vous le fassiez vous-même ou que vous engagiez un praticien, quelques faits sont importants à prendre en considération lorsque vous décidez de tailler les branches de votre arbre. Notez que beaucoup de professionnels dans le métier ne sont pas experts et feront tout ce que vous demandez sans égard pour la santé de votre arbre. En revanche, un arboriculteur certifié peut, en bien des cas, s’opposer aux travaux que le consommateur demande en raison des dommages pouvant être occasionnés pour l’arbre. Plutôt que de percevoir cela comme de la mauvaise foi, il faut y voir la marque d’une authentique connaissance de l’arboriculture et d’une éthique de travail approprié. L’arboriculture a ses règles, tout comme la construction et la plomberie : les professionnels ne feront pas des travaux qu’ils jugent dangereux ou nuisibles. Ainsi, l’élagueur qui dit seulement ce que l’on veut entendre se disqualifie lui-même.

La taille de formation

Pour assurer une bonne adaptation de l’arbre en milieu urbain, la taille de formation cherche à prévenir les défauts structuraux. Un arbre en forêt poussera d’abord vers le haut pour rejoindre les rayons de soleil. Puis, il développera une charpente là où il peut trouver un reste de photosynthèse. Or, en ville, les arbres ont généralement du soleil sans restrictions aucunes. La charpente se développe donc au même rythme que la tête, ce qui peut occasionner la production de têtes codominantes. Celles-ci, ainsi que des fourches faibles, compromettent la sécurité de l’arbre. C’est pourquoi il est pertinent de corriger ces défauts dès la jeunesse de l’arbre en faisant une taille de formation adéquate. Ici encore, il ne faut pas s’imaginer que la taille fait du bien à l’arbre pour la simple raison qu’il perd de la masse foliaire. Chaque coupe blesse, ou est susceptible de blesser, l’arbre. Le seul bien qui est fait à l’arbre est la sauvegarde d’une structure optimale pour sa croissance, mais la coupe devrait plutôt être perçue comme un mal nécessaire.

L’arbre est dans ses feuilles

Un élagage santé est un élagage minutieux. Un des mythes sur l’arboriculture est la croyance que le fait d’enlever de la masse foliaire à un arbre le libère, l’allège et contribue à sa croissance et à sa solidité. Rien n’est plus faux. Au contraire, les feuilles ne sont pas un fardeau pour l’arbre, de sorte qu’il devrait déployer ses réserves pour les entretenir. Il faut plutôt voir le rapport dans le sens inverse. En effet, la photosynthèse est sa source première de vitalité. Il appartient donc au feuillage de soutenir l’arbre, et non l’inverse. Lors d’une coupe excessive, l’arbre tente de compenser à cette perte par une gestion d’urgence de ses réserves, ce qui peut parfois donner l’illusion que l’arbre se porte mieux, alors qu’au contraire, l’arbre commence à se dépenser et à s’épuiser.

Les gourmands

Les seules branches qui peuvent être nuisibles pour la santé de l’arbre sont celles que l’on appelle les gourmands. Il s’agit de rameaux qui poussent sans égard pour la structure de l’arbre, dans une direction strictement verticale. Or, il s’agit précisément d’un réflexe de survie que l’arbre déploie en général quand il ressent une perte de photosynthèse. L’arbre cherche alors à aller vers le haut le plus vite possible, mais cela demande à l’arbre de déployer beaucoup de ses ressources pour ces seules pousses. Les gourmands surgissent souvent après une cassure de la tête ou d’un étêtage. Il est préférable pour l’élagueur de les couper pour empêcher qu’ils n’épuisent l’arbre et qu’ils ne gâchent le port naturel.

L’élagage standard

Pour des travaux d’élagages dans un arbre plus ou moins mature, l’arboriculteur consciencieux optera pour une coupe du bois mort, des moignons et, ensuite, du strict nécessaire à enlever pour dégager les structures de la propriété. En effet, le bois mort et les moignons sont des éléments de l’arbre qui sont plus dangereux, car ils peuvent tomber à tous moments sans avertir. Par suite, en répondant aux soucis du client, l’élagueur prendra le soin d’enlever les branches et les sections dérangeantes, c’est-à-dire les endroits obstrués comme les fenêtres, la toiture, le stationnement et la rue. Puis, pour assurer la circulation sans obstruction par les branches basses, l’élagueur fera une « élévation de la couronne », ce qui aura pour effet de permettre aux gens de marcher autour de l’arbre sans être obstrués.

Couper moins, travailler plus

Or, la coupe de masse foliaire est toujours un mal nécessaire et n’est pas une fin en soi. L’émondage adéquat est une harmonisation entre les différentes composantes de la situation urbaine et l’arbre. Toutes les opérations seront effectuées dans le souci de conserver au maximum le port naturel de l’arbre. La coupe minutieuse peut laisser l’impression d’un travail minimal, ce qui n’est pourtant pas le cas. En effet, l’arboriculteur devra mettre plus d’effort de déplacement dans l’arbre pour ne pas couper ce qui peut être sauvé, plutôt que de couper une section entière pour ne pas avoir à grimper et travailler dans des positions plus difficiles. Par ailleurs, lorsque le port naturel de l’arbre a été respecté, celui-ci aura moins tendance à développer de nouveaux problèmes et, ainsi, les interventions futures seront réduites au minimum. C’est la marque d’un arboriculteur bien intentionné : lorsque celui-ci cherche les moyens de préserver le plus possible le port naturel de l’arbre, plutôt que de couper insoucieusement de grosses sections pour se faciliter la vie.

L’étêtage : populaire, mais néfaste

Dans le souci de rendre l’arbre moins susceptible aux chutes par les rafales, ou parfois même dans un souci de santé, une pratique répandue consiste à couper directement la tête de l’arbre. Cela donne l’impression aux consommateurs d’avoir réglé le risque lié aux rafales, puisque la hauteur est considérablement réduite. La présence de nombreuses nouvelles pousses, c’est-à-dire les gourmands, donne l’impression que l’arbre est revigoré. Pourtant, les recherches ont largement démontré les conséquences désastreuses de l’étêtage, ce qui a mené plusieurs municipalités à réglementer contre ce genre de pratique. En réalité, l’étêtage donne lieu à toutes sortes de problèmes pour la santé de l’arbre.

Une fausse sécurité

L’étêtage, loin d’être une pratique sécuritaire, engendrera plus de problèmes qu’elle n’en règle. On observe d’abord une répartition de pourriture à partir de cavités créées par la coupe, se rendant graduellement jusqu’au système racinaire. De nombreuses plaies créeront également une vulnérabilité face aux germes, aux champignons ainsi qu’à certains types d’insectes ravageurs. De sorte que cette pratique diminue l’espérance de vie de l’arbre par une moitié. Ses réserves en amidon et en sucres diminuent de 40 % à 60 %, ce qui rend l’arbre moins résistant, et donc, plus dangereux. Les nouvelles pousses que l’arbre crée avec frénésie pour se refaire une tête deviendront également un facteur de risque puisqu’elles s’établiront dans le cambium, qui est situé sous l’écorce, plutôt que de former un tout avec le tronc et le bois du coeur. Ces nouvelles pousses formeront rapidement une fausse charpente élancée très vulnérable aux rafales.

Un affront à l’esthétique

Un autre fait digne de mention est le dommage causé à l’esthétique de l’arbre. Appauvri, maigre, sec, l’arbre étêté ressemble à un lampadaire garni de quelques misérables feuilles. C’est pourtant un aspect essentiel de l’importance des arbres dans nos villes : l’aspect éclatant de vie des nombreux arbres dans un quartier apporte un apaisement pour l’âme des citoyens, alors qu’une nature pauvre et débridée attriste le regard…

Utiliser sa tête avant de couper la tête!

Il est possible de prévenir le recours à l’étêtage, par exemple, en choisissant un lieu de plantation où l’arbre ne risque pas d’entrer en conflit avec les infrastructures urbaines. Il est de mise de choisir une espèce d’arbre dont la hauteur maximale correspond mieux aux désirs du particulier ou à la sécurité des lieux. Pour les arbres qui inquiètent, il ne faut pas hésiter à consulter un arboriculteur compétent pour considérer toutes les options possibles. En général, on peut élaguer et traiter l’arbre de sorte qu’il soit le plus fort, le plus en santé, le plus beau, et le moins susceptible de chuter, ce dont l’étêtage apporte systématiquement l’inverse.

Dix choses à ne pas faire

Pour les personnes qui aiment leurs arbres et prennent l’initiative personnelle d’en prendre soin, voici quelques règles à suivre.

  1. Ne pas mettre de tuteur sur un arbre pour plus de deux ans. Enlever tôt le tuteur contribue au développement d’un meilleur système racinaire ainsi qu’un tronc plus solide.
  2. Ne pas utiliser de membrane protectrice autour du tronc. Celles-ci sont inutiles, voire nuisibles. Les insectes peuvent préférer les membranes pour se loger en dessous, et l’arbre n’a pas besoin de ce type d’aide pour résister aux intempéries.
  3. Ne pas tailler excessivement. Limiter les coupes au bois mort, aux moignons et aux sections nuisibles pour l’infrastructure (maison, rue, stationnement). Les tailles de bois vivant enlèvent la vivacité de l’arbre.
  4. Ne pas couper trop près du tronc. Après une coupe, l’arbre a besoin de faire un bourrelet ou collier de guérison. Laisser un demi-pouce de section plus loin que le tronc favorise ce processus naturel. Une coupe à ras le tronc peut entraîner de la pourriture et une difficulté pour l’arbre à guérir.
  5. Ne pas peinturer les coupes. La peinture, le goudron ou tout autre agent extérieur à l’arbre n’aident pas la cicatrisation de l’arbre, et n’éloignent pas les insectes. Au contraire, ces produits peuvent provoquer la prolifération d’insectes, l’accumulation d’humidité, de champignons et de pourriture.
  6. Ne pas étêter. Mis à part les arbres fruitiers, pour lesquels les tailles sont faites en fonction de la cueillette et du contrôle de la qualité et la quantité de fruits, il ne faut jamais étêter les arbres. À long terme, l’arbre étêté pourrit, s’appauvrit, devient plus dangereux et plus laid.
  7. Ne pas s’inquiéter de la saison pour l’élagage. Bien qu’une coupe en printemps, avant floraison, puisse entraîner une légère perte de sève, les recherches ont démontré que ce saignement n’endommage pas l’arbre. L’élagage est sain toute l’année, sauf exception chez les arbres fruitiers selon les objectifs de contrôle du fruit.
  8. Ne pas se fier seulement au port de l’arbre pour le traitement des racines. Le système racinaire d’un arbre urbain ne va certainement pas à la même profondeur que la hauteur de l’arbre et la propension des racines en largeur peut aller de deux à trois fois plus large que le feuillage.
  9. Ne pas traiter trop creux dans le sol. Les racines restent là où est sa vie : l’eau et l’oxygène, ce qui se trouve généralement à huit pouces de profondeur. Aller au-delà est un gaspillage.
  10. Ne pas faire de taille pour compenser à une perte de racines. Si l’arbre perd des racines suite à des travaux (ex. : pavé uni), l’arbre perdra naturellement une portion de son port. L’intervention préventive pourrait entraîner une perte trop importante. Il convient d’attendre pour enlever ce qui meurt naturellement.
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Dominic Perugino
Dominic Perugino

Comments

  1. Je suis fier de toi Dominic!
    Tu travail très bien et tes articles sont excellent 🙂

  2. […] la SIAQ organise aussi des championnats d’arboriculture, faisant ainsi la promotion des règles de l’art de l’arboriculture tout en valorisant la compétence et la dextérité requises pour les arboristes grimpeurs. À ce […]

  3. […] possédait ces compétences, en soi, cela ne ferait pas de lui un arboriculteur. L’arboriculture selon les règles de l’art est plutôt ceci : un art qui est de maîtriser plusieurs compétences en vue d’un Bien […]

  4. […] les règles de l’art s’appliqueront à l’élagage du févier comme à tout arbre. On ne coupe que ce qui est […]

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