Le bon arbre au bon endroit

Le bon arbre au bon endroit
10 Avr 2017

Introduction

Bien souvent, nous faisons l’erreur de choisir un arbre en pépinière en fonction de l’apparence qu’il a sous nos yeux au moment de l’achat. Une fois planté, l’arbre apporte de la beauté et de la joie. On a hâte de le voir grandir. Puis, on a hâte qu’il cesse de grandir… Et oups! On s’aperçoit qu’on l’a planté au mauvais endroit ou, plutôt, qu’il s’agit de la mauvaise essence pour l’endroit en question. Certes, l’arbre est beau, mais il devient une nuisance et semble presque impossible à harmoniser avec sa situation urbaine. C’est le scénario de bien des abattages, et cela pourrait être évité si nous savions comment choisir le bon arbre pour le bon endroit.

Le port à maturité

Si la silhouette d’un arbre nous plaît, cela n’est que le début du choix d’un arbre. À l’aide d’un répertoire, ou en demandant à un spécialiste, il faut savoir quelle taille l’arbre aura à sa maturité. On pourra ainsi déterminer si l’arbre aura la même pertinence à l’endroit où il sera planté d’ici 20 ans. On pourra prévoir en fonction de la proximité des fils électriques, de l’ombrage devant la piscine, de l’intimité avec les voisins, des besoins plus ou moins fréquents en élagage, etc. Il faut garder en tête que les différentes essences ont une hauteur et une largeur qui leur est propre. Mieux vaut choisir en fonction du port à maturité que de s’engager à maintenir l’arbre à une certaine hauteur (étêtage), ce qui est dommageable pour l’arbre. Pour chaque situation et pour tous les désirs, il y a une essence d’arbre qui correspond naturellement, sans intervention excessive.

L’arbre décoratif

L’arbre décoratif est celui que l’on choisit pour agrémenter notre terrain, sans vouloir de lui autre chose, comme de l’ombre par exemple. On taille souvent ces arbres pour les garder petits, tels des arbustes. La taille d’arbuste n’a rien de mal en soi, mis à part qu’elle est destinée, eh bien, aux arbustes! L’érable de Norvège panaché crée des éclats de couleurs stupéfiantes, mais il faut prendre en considération que l’arbre ne sera heureux que si on lui donne la chance d’atteindre son volume naturel, qui est d’une hauteur de huit mètres et une largeur de 6 mètres. Si cette grosseur ne convient pas dans les conditions de votre cours ou pour vos désirs personnels, mieux vaut opter pour un arbuste avec des couleurs similaires, mais dont la dimension sera adéquate ou qui, du moins, supportera la taille arbustive comme l’érable d’amur par exemple.

Certains arbres peuvent aisément jouer ce rôle sans devenir trop gros et en offrant une variété d’aspects ornementaux comme les couleurs et les fleurs. On songe au magnolia étoilé par exemple. D’autres arbres, moins arbustifs, mais décoratifs et endurant bien la taille restrictive peuvent être nommés, comme différentes variétés du pommetier, notamment le pommetier thé qui produit de magnifiques fleurs blanches.

L’arbre d’intimité

On peut planter plusieurs essences pour l’intimité. Le plus courant est le thuya ou cèdre, avec lequel on se bâtit des murs contre les regards des voisins. Il s’agit d’un arbre qui offre l’intimité en hiver comme en été et qui résiste autant aux intempéries qu’aux tailles sévères. Il faut cependant être assidus dans l’entretien de la grosseur, car une fois que l’arbre a trop dépassé ce que l’on souhaite, il est bien souvent impossible de revenir en arrière.

On peut aussi se choisir un arbre qui, en façade, donnera de l’intimité sans pour autant créer l’effet d’un mur. On peut opter pour l’érable de Norvège qui devient une boule dense de feuillage, aux couleurs que l’on peut choisir parmi les cultivars. L’érable de Norvège naturel atteint 15 mètres de hauteur et 12 mètres de largeur. Son port produit toujours une boule parfaite sans intervention humaine. Son feuillage ne laisse passer aucune lumière, tant à la verticale qu’à l’horizontale, ce qui en fait un arbre d’ombrage excellent. Il faut prendre note de cet aspect, car il peut déplaire à ceux qui veulent plus de soleil. Il n’est pas rare que le gazon soit inexistant en dessous d’un érable de Norvège et que l’on intervienne alors régulièrement pour éclaircir l’arbre. À long terme, ceux qui cherchent plus de lumière finissent par endommager leur arbre par des élagages trop fréquents.

L’arbre parasol

Si l’érable de Norvège offre une ombre trop intense pour certains, il y a des arbres qui donnent de l’ombre avec modération. Le févier est un parfait exemple d’arbre parasol. Le plus souvent, il est dégarni dans le bas de la couronne, on peut donc voir droit devant soi sans interruption. L’arbre a un port de parasol qui cache bien le soleil, mais les feuilles sont tellement petites et l’arbre est si évasé qu’il laisse des petits rayons de soleil percer sa cime. Il est l’arbre par excellence sous lequel lire un livre dans un hamac ou pour le pique-nique. Le févier commun atteint une hauteur de 18 mètres et une largeur de 16 mètres. Il est cependant possible de trouver des variétés à plus faible déploiement.

L’arbre rustique

On peut, avec un ou plusieurs arbres, donner l’impression d’un petit bout de campagne en pleine ville. Un quartier qui aura choisi des arbres comme l’érable argenté, le chêne à gros fruits et quelques bouleaux auront cet aspect rustique que donnent ces arbres. Décoiffés, mais majestueux et robustes, ces arbres doivent être plantés loin des lignes électriques pour ne pas perdre leur aspect bucolique, puisque les intervenants du réseau d’Hydro-Québec n’auront guère de choix que d’élaguer de grandes parties pour la sécurité. Il s’agit d’arbres dont les arboriculteurs entendent souvent : « si j’avais su qu’il deviendrait si gros ! ». Inutile de vouloir les rabaisser, puisqu’une fois la maturité atteinte, l’étêtage équivaut souvent à une mort certaine, sans parler de l’enlaidissement. Pour ceux qui peuvent se le permettre et qui ont l’espace nécessaire, ces essences sont parfaites pour imposer une esthétique rustique et unique en son genre.

L’arbre sans contrainte

Il existe des arbres qui, naturellement, n’ont pas de caractéristiques nuisibles. Par exemple, le ginkgo biloba, arbre oriental bien à la mode, est un arbre qui pousse très lentement, résiste à toutes les intempéries et toutes sortes de pollution. Il pousse généralement droit avec un port régulier et symétrique. Son feuillage est répandu de sorte qu’on ne se plaindra jamais qu’il fasse trop d’ombre. Sa vitesse de croissance permet d’espacer les interventions d’élagage sur des décennies.

D’autres arbres ont été pensés pour enlever les contraintes. Les exemples les plus communs sont tous les arbres dits « colonnaires ». On peut planter des érables de Norvège colonnaires, des chênes, des peupliers et bien d’autres arbres en variété colonnaires. Ces arbres ont le bénéfice de pousser en colonnes, et donc de nuire rarement aux structures qui se trouvent en largeur. Le problème est que ces arbres sont extrêmement fragiles et réagissent fortement aux stress de tous genres. Nous ne recommandons pas du tout d’opter pour des colonnes, mais plutôt pour des arbres qui auront naturellement un port sans contrainte, comme le ginkgo biloba.

Conclusion

Pour chaque besoin il y a un arbre qui correspond. Il s’agit de prendre le temps d’évaluer le port de l’arbre à long terme. Pour la cause, nous recommandons le répertoire des arbres et arbustes ornementaux d’Hydro-Québec. Avec ses fiches simples et claires, vous aurez accès à toutes les caractéristiques des arbres, sur la grosseur, les besoins, l’aspect, les maladies, etc. Ne faites pas l’erreur de planter un arbre pour avoir besoin de lui imposer une forme ou une grandeur.

Sources :
Pellerin, Gervais, et Hydro-Québec, Répertoire des Arbres et Arbustes Ornementaux: 1760 Espèces et Variétés de Végétaux du Québec, Gouvernement du Quebec, publications vendues, 2010.

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Dominic Perugino
Dominic Perugino

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Comments

  1. Robert Ethier : mai 29, 2017 at 3:19

    Bonjour,
    Voici la situation, j’habite à côté d’un parc où l’on a planter des érables à 5m de ma maison il y a 25 ans qui m’on causé beaucoup de problèmes. La ville s’apprête à faire des bassins de rétention d’eau dans le parc, donc ils vont couper les racines de ces arbres juste sur un côté, soit côté ouest. Avec les vents violents qui viennent de ce côté, y a t’il des risques que ces arbres tombent sur ma maison ? ou sur la ligne électrique ?

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : mai 29, 2017 at 2:14

      L’idéal serait de demander l’avis d’un professionnel sur place pour être en mesure d’évaluer la situation. D’emblée, je dirais seulement que si la distance entre l’arbre et le creusage dépasse les 5 mètres, ce ne sera pas dramatique. Un arbre est capable de survivre à une perte de racines.

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