L’arbre de la vie


02 Avr 2018

« 9 L’Eternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute sorte, agréables à voir et porteurs de fruits bons à manger. Il fit pousser l’arbre de la vie au milieu du jardin, ainsi que l’arbre de la connaissance du bien et du mal. […] 16 L’Eternel Dieu donna cet ordre à l’homme: “Tu pourras manger les fruits de tous les arbres du jardin, 17 mais tu ne mangeras pas le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain.” » Genèse 2

Introduction

Que peut bien être ce curieux arbre de vie? S’agit-il d’un arbre que nous pourrions encore trouver aujourd’hui ou plutôt d’un symbole? Avec l’accumulation de commentaires académiques sur les écritures, la recherche naïve d’un arbre comme tel ne se présente pas vraiment comme une option. Il aurait été naturel pour un blogue arboricole de tenter de trouver l’arbre en question et décrire ses propriétés. Pourquoi alors parler ici de l’arbre de la vie s’il ne s’agit pas concrètement d’un arbre ? C’est parce que nous voulons aussi pouvoir consacrer notre réflexion sur l’identité de l’être humain. Or, notre investigation nous porte ici sur un contenu de la Bible, la même source qui nous communique notre identité d’intendants de la création, identité qui est centrale pour la problématique de la crise écologique. Une recherche sur l’arbre de vie en tant que symbole nous entraînera au cœur même du message biblique.

Il ne suffit pas, pour répondre à l’énigme de l’arbre de la vie, de l’isoler de son contexte. Il faut, au contraire, lire attentivement le texte et interpréter l’arbre de vie à l’intérieur du récit dans lequel il se trouve. Ainsi, nous proposons d’interpréter le concept à partir de son contexte immédiat, c’est-à-dire dans le récit de la création et en opposition avec l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Nous allons ensuite offrir un bref exposé du récit biblique jusqu’à son point culminant dans l’incarnation, la croix et la résurrection. Par suite, nous voulons voir si le dénouement du récit biblique nous offre une correspondance entre l’arbre de la vie et la personne de Jésus.

L’arbre de la connaissance du bien et du mal

Les deux fois que l’arbre de vie est nommé dans notre passage, il accompagne directement l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il semble plausible que l’arbre de vie doive être joint à celui de la connaissance du bien et du mal comme une dualité naturelle, puisque ce dernier s’offre comme un arbre qui donne la mort. Toute la richesse du concept devrait alors être saisie dans la comparaison des deux arbres, dont le symbolisme doit alimenter notre sagesse.

Ainsi, l’arbre de la vie ne pourrait pas se comprendre hors d’une dynamique antagoniste face à l’arbre de la connaissance du bien et du mal dans les seuls mots. En effet, l’arbre de la connaissance du bien et du mal est directement lié à une conséquence contraire à l’arbre de la vie : « car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain ». On pourrait donc presque les appeler l’arbre de la vie et l’arbre de la mort. Or, le mystère resterait alors autour de l’arbre de vie, car nous ne saisissons pas encore sa particularité, alors que l’arbre qui donne la mort nous est connu par le fait qu’il symbolise la connaissance du bien et du mal. Mais pour comprendre ces symboles, il faut saisir le message plus général du récit de la création.

En lisant attentivement le récit des premiers chapitres de la Genèse, nous nous apercevons que le but du texte est de nous communiquer des vérités essentielles sur les grandes questions de la vie. À une époque où les gens croyaient en des divinités qui exploitaient et torturaient gratuitement l’être humain, le texte de la Genèse se présentait comme une révélation qui permet de corriger de telles idées erronées. Ainsi, le texte nous enseigne que Dieu est bon, qu’il est à l’origine de tout ce qui existe, qu’il aime sa création, et en particulier l’humain. Sur ce dernier, nous apprenons que son existence tient à un rôle et une vocation, celui d’être l’image de Dieu, c’est-à-dire le représentant et l’intendant de Dieu, au sein de la création. C’est alors qu’une autre grande question existentielle se fait répondre : pourquoi le mal existe-t-il? L’écriture nous indique que c’est l’être humain qui en est responsable.

C’est dans la réponse à cette dernière question qu’apparaît un peu mieux le rôle de l’arbre de la vie et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Il s’agit d’un choix, soi de faire confiance au Créateur, soi de chercher l’autonomie en désobéissant. En effet, l’autonomie est directement visée, c’est ce qui apparaît dans les paroles du serpent : « 4 Vous ne mourrez absolument pas, 5 mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme Dieu : vous connaîtrez le bien et le mal » (Gn 3). Le mensonge consiste à affirmer que l’être humain peut devenir maître de lui-même en connaissant le bien et le mal. On pourrait appeler cet arbre, l’arbre de l’autodétermination et de l’orgueil, car la connaissance du bien et du mal offre, faussement, la détermination de ce qui est bien et de ce qui est mal.

L’orgueil est en effet de se croire plus grand que l’on ne l’est vraiment. Devant un être Créateur infini, il est impossible pour la créature finie d’en devenir l’égal. Mais sans même affirmer que l’orgueil serait ici de viser l’égalité avec Dieu, la simple décision de nous autodéterminer, de devenir autonome, suffit à être qualifiée d’orgueilleuse. En quoi l’être humain est-il responsable d’avoir emmené le mal dans la création? Premièrement, par la désobéissance elle-même, deuxièmement, en voulant devenir l’égal de Dieu en connaissant ou en déterminant soi-même le bien et le mal. Or, puisque Dieu est l’origine même de notre être, il est logique que l’éloignement de Lui entraîne la mort. La conséquence est donc la mort et la perte d’accès à l’arbre de vie : « L’Eternel Dieu dit: “Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous pour la connaissance du bien et du mal. Maintenant, empêchons-le de tendre la main, de prendre aussi du fruit de l’arbre de vie, d’en manger et de vivre éternellement!” » (Gn 3, 22).

L’espoir

À ne s’en tenir qu’à ce récit, il semble qu’il ne nous reste que le désespoir. Quelle fatalité! L’être humain est-il donc condamné à rester ainsi aliéné de sa source de vie? Heureusement, l’histoire ne se termine pas là. En effet, le reste du récit de la Bible nous communique que le Créateur n’a pas cessé d’aimer sa créature. Maintenant qu’elle a fait le libre choix de s’aimer elle-même démesurément, d’aller vers la mort plutôt que vers la vie, d’aller vers le mensonge plutôt que vers la vérité, d’aller vers la créature plutôt que vers le créateur, Dieu devra être lui-même la solution aux problèmes qui accablent la création.

On voit alors une histoire se dérouler dans laquelle Dieu fait alliance avec un peuple qui lui désobéit constamment. Toujours Dieu envoi des messagers pour rappeler l’homme à Lui, mais toujours l’homme choisit la voie facile de l’égoïsme et de la désobéissance. Le Créateur rappelle l’être humain à sa vocation d’intendant qui doit se traduire dans l’amour de Dieu et dans l’amour du prochain, mais l’être humain semble incapable de sortir de ses choix de morts. Quel espoir y a-t-il donc si l’être humain est incapable de faire demi-tour de sa marche vers la mort? Dieu doit le faire à sa place.

L’arbre de la vie et l’incarnation

Dieu entreprend de faire ce qui était impossible à l’être humain. Il devient lui-même un homme et prend le rôle d’un serviteur. Il vient enseigner, par ses gestes et ses paroles, ce qu’est un monde dans lequel Dieu a un règne absolu. Il vient guérir les malades, pardonner les gens avec de lourds fardeaux de culpabilité et leur montre comment Dieu est prêt à prendre sur lui le rétablissement de la création.

Le dénouement se fait par une répétition de l’erreur du récit de la création. Les chefs religieux, imbus de leur pouvoir, font condamner le Fils de Dieu pour être crucifié. Encore, l’être humain était devant un choix : l’arbre de vie qui pouvait nous guérir et nous ramener dans la patrie de l’immortalité, mais qui exige une confiance en Dieu et un changement de comportement, ou l’arbre de l’orgueil qui consistait pour les chefs religieux à se préférer eux-mêmes, à préserver leur pouvoir et à se complaire dans leur prétendue connaissance du bien et du mal.

L’arbre de la vie et la rédemption

Or cette condamnation était justement la vocation qui incombait à Jésus : prendre sur lui, qui était parfaitement innocent, le fardeau de nos fautes pour que dans sa condamnation la punition de mort qui nous revenait tombe sur lui pour que nous en soyons délivrés. En acceptant de prendre la mort sur une croix sans l’avoir mérité, Jésus a choisi de prendre sur lui les conséquences de nos crimes et de notre mauvaise gestion de la création.

L’espoir d’un rétablissement de la création arrive enfin lorsque, trois jours après sa mort, Jésus apparaît ressuscité à ses disciples. Il manifeste alors qu’il n’a pas seulement pris le fardeau de nos fautes, mais qu’il a vaincu la mort. Il offre à tous, par le don de son Esprit à quiconque s’engage envers lui, de participer au message qu’il a donné. Ce message est celui de vivre une vie fondée sur l’amour du prochain et de Dieu, dans le pardon, dans l’honnêteté, dans la justice et en ne rendant pas le mal pour le mal. Par le don de l’Esprit Saint, il donne de pouvoir enfin vivre en intendant fidèle du Créateur pour la création, en vivant l’art de vivre tel qu’enseigné par Jésus, en paroles et en actes.

Le symbole de l’arbre de vie serait-il ici confirmé par la personne de Jésus ressuscité? Il n’existe pas de textes dans la Bible qui le dise explicitement. Pourtant, certains symboles s’en rapprochent. Pensons en particulier au symbole que Jésus a donné pour qu’on se souvienne de lui : la consommation du pain et du vin qui représentent le sacrifice qu’il fit de lui-même. Le parallèle se fait ici en ce que la consommation de l’arbre de vie était censée conférer la vie éternelle, alors que l’accomplissement de l’œuvre de Jésus est précisément de nous donner, par la confiance en lui, cette même vie éternelle. Cette vie éternelle que nous avons perdu par notre propre faute nous a été redonné gratuitement par Jésus.

Conclusion

Tout semble indiquer que l’arbre de la vie, tout comme l’arbre de la connaissance du bien et du mal, sont des symboles, des concepts, qui nous aident à percevoir des réalités qui nous dépassent. L’arbre de la vie ne doit pas se chercher parmi les arbres dans la nature, comme si la Bible avait voulu nous parler d’un arbre aux propriétés thérapeutiques. Plusieurs analogies peuvent être valides, mais il faut que cela se fasse à la lumière du récit biblique (dont nous avons offert un bref exposé). Voici l’interprétation que nous offrons : les deux arbres sont deux chemins, l’un qui est un chemin de mort et de mensonge et l’autre est le chemin de la vie et de la vérité. Jésus a dit lui-même : « C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14, 6). Ceux et celles, donc, qui veulent avoir accès à la vraie source de vie, l’arbre dont les fruits donnent la vie éternelle, c’est Jésus. Le choix déterminé que Dieu a fait de résoudre le problème du mal dans la création passe par le moyen de son incarnation dans la personne de Jésus. Quiconque se tourne vers lui trouve la vie éternelle, le pardon de ses fautes, la réconciliation avec Dieu et avec son prochain. Par l’œuvre de Jésus est commencée une nouvelle création dont nous sommes appelés à prendre part comme nouveaux intendants.

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Dominic Perugino
Dominic Perugino

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