Les problèmes et risques liés aux racines d’un arbre


17 Avr 2017

Le rôle de catalyseur

Lorsqu’il est question de dégâts sur les fondations, trottoirs, canalisations, etc., les racines sont bien souvent dénoncées comme responsables. Pourtant, bien que les arbres puissent participer indirectement à la détérioration des infrastructures, leur rôle serait plutôt celui de catalyseur. Nous voulons, dans cet article, jeter une lumière sur les problématiques concernant les racines pour permettre aux gens de faire un choix éclairé quant à une intervention adéquate. En effet, le réflexe est bien souvent d’abattre les arbres qui ont causé ou qui risquent de causer des dégâts. Or, avec l’augmentation de valeur qu’apportent les arbres à une propriété, de même que les bénéfices pour la qualité de vie et de l’environnement, il est de mise de chercher les alternatives à l’abattage systématique des arbres.

Les troubles les plus souvent encourus en rapport avec les racines concernent les tuyaux, les masses de béton et les fondations. Nous voulons expliquer d’abord le développement des racines, de sorte à pouvoir démystifier leur rôle dans les différentes problématiques. Ce faisant, d’autres interventions que l’abattage pourront être considérées pour la prévention des dommages aux infrastructures.

La profondeur et la largeur des racines

Un mythe bien populaire veut que le développement des racines se fasse de façon symétrique avec le port extérieur de l’arbre. Cette conception contient une part de vérité, mais exagère la propension véritable des racines. Il est vrai que la largeur de la répartition des racines est généralement proportionnelle à la largeur de la couronne de l’arbre. En effet, nous nous fions généralement à cette dimension lorsque nous effectuons un amendement du sol. Pourtant, cette dimension est approximative et ne s’applique qu’à la largeur, et non à la profondeur des racines.

Pour assurer qu’aucun contact entre les racines et les infrastructures ne puissent avoir lieu, il faut plutôt se fier à la hauteur de l’arbre. Ainsi, idéalement, un arbre qui aura une hauteur de 25 mètres à maturité devrait être planté à une distance de 25 mètres d’une maison. Mais il s’agit d’un scénario bien peu réaliste. Les quartiers avec les arbres les plus magnifiques ne respectent pas cette distance, et il ne faut surtout pas paniquer en croyant que ce soit absolument nécessaire. Nous verrons plus loin qu’une distance moindre peut être tout à fait adéquate, à condition d’inspecter l’intégrité des infrastructures. On suggère minimalement une distance de trois mètres entre un arbre et une maison, pour assurer une bonne distance entre les racines ligneuses et la fondation, nous y reviendrons plus loin. Pour l’instant, passons à la profondeur des racines.

De manière générale, les racines d’un arbre ne pénètrent pas plus profond que 1.5 mètre. Ceci abolit à tout le moins cette conception que l’arbre serait symétrique entre son port et son système racinaire. Ainsi, une fondation devrait avoir une profondeur de plus de 1.5 mètre pour assurer qu’aucune racine ne se développe en dessous.

La composition des racines

Les racines sont composées de deux sortes : les racines fines et les racines ligneuses. Les racines ligneuses sont celles qui se développeront le plus près de l’arbre. On les appelle ligneuses, car elles ont la même solidité que la charpente. En fait, cette comparaison va de soi, car les racines ligneuses jouent exactement ce rôle analogue à la charpente de l’arbre : elles soutiennent la masse foliaire qui de son côté s’occupe de la photosynthèse. Les racines fines se comparent aux feuilles en ce qu’elles sont celles qui absorbent les nutriments du sol.

Les racines qui ont le plus le potentiel de causer des dommages aux structures sont les ligneuses. En effet, si la distance minimale de trois mètres n’est pas respectée, ces racines solides peuvent appliquer une pression sur la fondation. Puis, à cause du vent qui fera bouger l’arbre, les racines ligneuses commenceront à faire du dommage.

Quant aux racines fines, celles-ci sont extrêmement fragiles. En fait, elles sont incapables de percer ou pénétrer quoi que ce soit. Composées de matière gélatineuse, elles s’adaptent à leur environnement en contournant les obstacles comme la pierre ou le béton. La seule condition qu’une racine fine puisse causer du dommage à une fondation est la présence préalable de dommage dans la fondation. La présence d’une fissure pourrait en effet permettre à une racine fine de s’infiltrer et d’aggraver le problème.

Il faut aussi noter que, dans le développement des racines, les racines ligneuses sont en premier lieu des racines fines. Ces dernières épaississent et deviennent par la suite des racines ligneuses. Il s’agit d’une précision pour éviter que l’on puisse imaginer que les racines ligneuses sont un genre à part qui pourrait percer du béton. On verra plutôt les racines fines se mouler autour d’une masse de béton pour ensuite se transformer en racines ligneuses. Si l’on aperçoit une racine ligneuse qui donne l’impression qu’elle a percé du béton, il faut conclure qu’une racine fine a pénétré une fissure déjà présente et qu’au fil des années, celle-ci s’est transformée en racine ligneuse.

L’assimilation de l’eau par les racines

Un autre sujet d’inquiétude courrant concernant les dommages possibles liés aux racines est l’idée de la recherche de l’eau. Si le travail des racines est de trouver l’eau pour nourrir l’arbre, il devrait être naturel, en principe, que les racines soient attirées par les tuyaux, n’est-ce pas? Cela est faux, mais la conception ne vient pas de nulle part. Il arrive bien souvent, en effet, de trouver des tuyaux bouchés par les racines fines d’un arbre. Mais il faut préciser un fait bien important : les racines se développent de manière complètement aveugle, elles ne détectent pas l’eau à distance. Les racines se développent aléatoirement et, lorsqu’elles trouvent une masse de terre humide, elles prolifèrent dans cet endroit.

En ce qui concerne les tuyaux, ce que nous voulons faire comprendre est que l’arbre ne « sait » pas qu’il y a de l’eau dedans. Si une racine fine entre par coïncidence en contact avec un tuyau, elle le contournera. Mais, s’il se trouve qu’il y a une fissure dans le conduit qui laisse s’échapper de l’eau, alors les racines fines auront lieu de se développer dans la masse humide ainsi créée. C’est alors que le conduit risque de se faire obstruer par une racine qui pourrait éventuellement entrer à l’intérieur.

Il reste qu’une bonne mesure préventive pour les tuyaux est de respecter une distance de trois mètres. Autrement, les racines ligneuses peuvent appliquer une pression et, encore, par l’effet du vent, venir faire craquer le tuyau.

L’assèchement du sol

Il y a plus d’une raison de vouloir éviter l’assèchement du sol. On peut avoir le souci des autres végétaux, comme la pelouse ou un jardin. Plus sérieux encore est le cas des terres au sol vaseux qui, une fois asséchées, laissent un vide de terre. Cette situation devient grave si cela fait bouger la fondation d’une maison.

Ici, il faut noter que l’arbre ne doit pas être le premier sur le banc des accusés. En premier lieu, l’arbre, bien qu’il puisse contribuer à l’assèchement, peut tout aussi bien contribuer au maintient de l’humidité par l’ombre qu’il procure. Il faut aussi vérifier l’état de son sol : sommes-nous dans une région vaseuse? Puis, la fondation a-t-elle été creusée suffisamment profond (au moins 1.5 mètre)? Si les racines ne parviennent pas à se développer sous la fondation, elles ne devraient pas être en mesure de provoquer ce genre de dommage. Si votre terre comporte des risques d’assèchement, on peut très bien s’accommoder en arrosant la terre au besoin.

N’oublions pas que les arbres sont essentiels pour drainer le sol lors de pluies abondantes. Les racines sont aussi importantes pour fixer la terre contre les glissements de terrain. Avant de couper les arbres en les accusant d’assécher le sol, il faut regarder notre écosystème et nous demander si la coupe des arbres apportera plus de mal que de bien.

Le phénomène gel-dégel

Il est malheureux de voir les arbres se faire accuser injustement pour des dommages qui ont plutôt été commis par l’hiver. L’eau ne peut pas briser l’asphalte, mais, avec le phénomène gel-dégel, l’eau se transforme en glace, et puis redevient de l’eau, et nous voyons apparaître des nids-de-poule partout.

Il arrive de voir des masses de béton se faire soulever par les racines, ou de voir des ondulations inquiétantes dans l’asphalte de notre stationnement. Comment réconcilier cela avec ce que nous avons dit plus haut, que les racines contournent les obstacles? Il s’agit du phénomène gel-dégel. Lors du gel, les structures bougent. Lors du dégel, elles retournent en place, mais l’espace créé par le gel précédent peut parfois permettre aux racines de se frayer un chemin. Ceci étant fait, la masse de béton est soulevée d’à peine un millimètre. Mais au fil des années, les racines se développeront dans l’espace créé entre chaque gel-dégel, ce qui donne l’impression que l’arbre a, par ses propres forces, soulevé le béton ou l’asphalte.

Les solutions

Il devient alors plus clair que l’arbre n’est pas toujours le principal responsable. Que ce soit pour la prévention ou suite à des dommages, il faut faire le tour des interventions possibles.
Si un arbre ne respecte pas une distance d’au moins trois mètres avec une structure importante comme une fondation, il se peut que l’abattage soit la seule solution. Autrement, on peut choisir de faire inspecter et réparer notre fondation pour s’assurer que des racines fines ne puissent pas pénétrer. On peut également vérifier la profondeur de notre fondation pour être certain qu’aucune racine ne puisse se développer en dessous. Pourtant, cette dernière mesure est surtout pertinente pour les sols vaseux.

Nous n’avons généralement pas notre mot à dire sur l’état des tuyaux. Pourtant, il se peut qu’il soit temps de les changer dans certaines municipalités. Si un problème de tuyaux liés aux racines commence à surgir de plus en plus dans une ville, il faudrait faire une consultation pour sauver les arbres et remplacer les conduits d’eau.

En ce qui concerne les masses de béton ou l’asphalte, il faut simplement s’assurer que la construction soit adéquate : une bonne profondeur et un sol proprement compacté empêcheront les racines de se développer. Il s’agit de mettre ces structures à l’épreuve du gel-dégel, bien plus que des racines. Par ailleurs, le prix de l’abattage d’un arbre mature, joint à la perte de valeur qu’apporte l’arbre à la propriété, peut s’avérer bien plus coûteux que la rénovation de la masse de béton ou de l’asphalte.

Conclusion

Les arbres apportent bien-être physique et mental, ils procurent repos et intimité, ils sont essentiels à l’écosystème urbain, ils augmentent la qualité de l’air, mais aussi, augmente la valeur des propriétés. Il est normal d’avoir des inquiétudes quant aux risques liés aux racines des arbres. Pourtant, des mesures préventives peuvent s’avérer plus efficaces, moins coûteuses à long terme, tout en maintenant la beauté de notre propriété. En comprenant que le rôle de l’arbre dans les dommages souterrains est bien souvent celui de catalyseurs de dommages déjà présents, nous sommes en mesure de considérer différentes solutions que l’abattage systématique des arbres.

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Dominic Perugino
Dominic Perugino

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Comments

  1. Bonjour,

    nous souhaitons planter des arbres fruitiers palissés sur le mur de notre habitation et je me demande si il y a danger. Celle-ci est constituée de fondations en pierres, une cave en dessous sur toute la surface. Qu’en pensez-vous ? Cordialement.

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juin 19, 2017 at 5:05

      S’ail s’agit de petit arbustes comme des bleuets ou des framboises, il ne devrait pas y avoir de problème. Il n’est pas conseillé de planter des arbres comme des pommiers à moins de trois mètres de votre fondation.

  2. Bonjour,

    Mes voisins de chaque côté ont chacun un grand érable argenté mature sur leur terrain. Mon terrain est mitoyen avec un des deux et l’arbre sur celui-ci se trouve à environs 10 mètres de ma façade. L’autre arbre est à peu de distance supplémentaire. (Mon terrain ainsi que ceux de mes voisins sont très étroits). Ces arbres bien que très jolie apportent des problèmes sur ma rue dont des égouts qui se retrouvent bouchées par des racines. Et j’ai également apperçu une partie de grosse racine sortant à l’extérieur de du sol tout près de de ma plate bande de façade ainsi qu’une longue et profonde dale de ciment au bord de ma plate bande est très surélever tandis que ma 2e dale à ses côtés est restée bien à sa place. En travaillant ma plate bande pour y planter des petites plantes j’ai senti quelque chose de dure, il s’agit d’une deuxième racines de grosse dimensions (10cm de large) et dure comme de la roche, sa surface est d’une écorce rougeâtre et en dessous bois clair. La racine se dirige au coin de ma maison où se situe la gouttière mais il y a ensuite de l’asphalte de stationnement à se niveau alors je ne sais pas où se poursuit son chemin. Une partie à été coupée (3 pieds environ ainsi que celle sortant du sol) Il y a aussi pleins d’autres racines ressemblent à des branches dans la plate bande et la racine fine est bien collé en grosse motte sur le long du béton de la façade et semble avoir abîmé le crépis partout où elle se situe..il y a même une branche-racine (désolé je n’ai pas le bon vocabulaire je vous écrit selon ce à quoi cela ressemblait) la genre de branche à une certaine forme et cette forme apparaît sur le béton..et il y a plein de crépis dans la terre, comme si les racines de l’arbre exerçaient une pression sur la maison. Que se passe-t-il selon vous? Dois-je m’inquiéter pour ma maison et est ce que mes plantes survivront dans une plate bande dans laquelle les racines de l’érable prennent tant de place? (Prendre note qu’il y a également une haie d’arbustes chèvrefeuille sur mon terrain, mais je doute qu’ils aient un lien avec les problèmes de ma plate bande mais je préfère le préciser. Votre aide serait grandement appréciée, merci d’avance!

    • Dominic Perugino Dominic Perugino : juillet 28, 2017 at 7:57

      La distance entre votre maison et les arbres est parfaitement adéquate. Les racines contourneront votre fondation. Pour ce qui est des plantes dans votre plate bande, les racines peuvent aussi bien s’aider mutuellement que se faire compétition. L’idéal est de faire confiance à la nature.

  3. Bonjour,

    Article tres intéressant, je viens de planter un érable japonais à un mètre du mure de ma maison dois je craindre pour mon mure ?

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