Magasiner un arboriculteur


03 Avr 2017

Comment choisir un arboriculteur?

Lorsqu’on décide de confier le soin de ses arbres à un professionnel, il arrive que l’on hésite quant aux choix qui s’offrent à nous. Qui choisir? À qui faire confiance? Voilà des questions qui trottent à juste titre dans nos têtes. Hormis l’évidence de l’importance de faire affaire avec un entrepreneur qui met ses soumissions par écrit et qui possède une assurance responsabilité, il existe des éléments essentiels qui font d’un arboriculteur un vrai, et ces éléments ne sont pas si difficiles à déceler. Nous voulons ici présenter notre liste à cocher des qualités à chercher chez un professionnel avant de lui confier le soin ou l’abattage de vos arbres.

Qu’est-ce que l’arboriculture?

Tout d’abord une définition pour clarifier. L’arboriculture est le soin des arbres pris un à la foi, contrairement à l’ingénierie forestière qui regarde la santé et la structure d’une forêt prise comme un tout. L’arboriculteur est donc l’expert qui est formé pour la détection des maladies et des problèmes structuraux, pour l’élagage, le haubanage, l’abattage et l’essouchage, etc. L’arboriculteur, qu’on appelle aussi l’élagueur ou l’émondeur, est également formé pour la grimpe sécuritaire de l’arbre, de même que la manutention habile des branches en milieu urbain restreint.

L’arboriculteur effectue toujours les travaux en prenant en considération les impacts sur la santé et l’esthétique de l’arbre, à court et à long terme. D’emblée, la définition de l’arboriculteur laisse déjà apparaître les critères qui seront à rechercher, c’est-à-dire la connaissance de ce qui concerne la santé des arbres, l’habileté à grimper sécuritairement, la capacité de travailler sans endommager les structures, etc. Bien entendu, il est impossible de savoir qui possède ces compétences avec une poignée de main. C’est pourquoi il existe la certification de la ISA (International Society of Arboriculture).

La ISA et la SIAQ

La SIAQ (Société internationale d’arboriculture du Québec) travaille de pair avec la ISA pour appliquer les normes de l’arboriculture au Québec. Ils donnent accès à l’expertise et mettent le public à jour dans les découvertes scientifiques concernant l’arboriculture. La ISA offre aussi un service de certification de l’arboriculteur par l’examen des compétences des professionnels détenant une formation reconnue ou plus de trois ans d’expérience. La reconnaissance de cette certification est un outil indispensable pour tout consommateur qui cherche un indicateur clair quant à la fiabilité d’une compagnie d’arboriculture, d’élagage ou d’émondage (qui sont des synonymes ici). Pour connaître les arboriculteurs certifiés, il suffit d’aller sur le site de la SIAQ http://www.siaq.org/ca_liste.html.

Des questions à poser

Il est toujours conseillé de demander au moins trois estimations, bien que ce soit généralement pour des raisons économiques. Or, vous aurez tout intérêt, lors de votre magasinage d’élagueurs, à être présents lors de l’estimation des travaux. En effet, le dialogue avec l’estimateur vous permettra de voir si vous appréciez l’approche de l’entrepreneur, mais ce sera aussi l’occasion de vérifier si l’entreprise met de l’avant les normes de ISA.

Une première étape pour tester l’éthique de la compagnie est de vérifier s’il respectera les règles de l’art même si vous demandez des travaux qui leur sont opposés. L’étêtage, par exemple, est proscrit par les normes en arboriculture, car cette pratique abîme, épuise, enlaidit et rend l’arbre moins sécuritaire. Cette opération, qui consiste à émonder la cime de l’arbre, lui enlève en effet sa source principale de photosynthèse. C’est le fardeau de l’arboriculteur certifié d’informer les clients que cette pratique est mauvaise et de ne pas accepter un contrat qui impliquerait l’étêtage ou à l’écimage d’un arbre (sauf pour de rares exceptions, mais qui sont généralement relégués à Hydro-Québec pour la sécurisation des lignes électriques).

Notre suggestion est donc de vérifier si l’arboriculteur fera tout ce que vous lui demandez ou s’il est prêt à tenir ferme à ce que commande sa certification. Si vous dites à un arboriculteur : « étêtez-moi cet arbre pour lui faire du bien » et que celui-ci accepte sans même tenter de vous convaincre que cette pratique est mauvaise, cet élagueur n’agit pas en fonction de sa certification.

D’autres questions peuvent être posées : l’émondeur a-t-il l’intention d’utiliser des éperons pour l’élagage? Cela devrait être hors de question, les éperons ne servent que pour l’abattage d’un arbre, puisqu’ils blessent les arbres. Quelle quantité de masse foliaire (des branches vivantes, c’est-à-dire avec des bourgeons ou des feuilles) va-t-il enlever? Il ne devrait pas en enlever plus que 20 %. Ici encore, vous pouvez vérifier si l’arboriculteur défend votre intérêt en refusant d’enlever plus, ou s’il obéit servilement à vos demandes.

L’élagage standard

Une fausse conception est de penser que l’arbre a besoin de se faire enlever des branches pour le bien de sa santé. Rien n’est plus faux : l’arbre dépend de ses feuilles pour se nourrir, enlever des branches est plutôt un mal nécessaire.

Un élagage standard commence par les branches mortes. Ce sont les premières visées, car elles sont dangereuses et nuisent à l’esthétique. Ensuite, on regarde la structure pour détecter les problèmes dans l’arbre : y a-t-il des têtes codominantes (présence de plus d’une tête)? Il faudra prévenir, ou guérir ce problème si possible. Y a-t-il des fourches faibles, des branches interférentes ou autres problèmes structuraux? L’élagueur devra utiliser son expertise pour régler ces problèmes. Il n’est pas utile ici de décrire en détail ces problématiques, ce qu’il faut retenir, c’est qu’on coupe des branches lorsque celles-ci posent des problèmes et non pas parce qu’il est bon pour l’arbre de perdre de la masse vivante. N’hésitez pas à demander à l’arboriculteur ce qu’il compte faire et pourquoi. De manière générale, il devrait y avoir une raison qui justifie chaque coupe.

L’élagage devient aussi une nécessité pour l’harmonisation de l’arbre avec son milieu et avec les habitants. On coupera ainsi les branches qui nuisent à la toiture, à la rue, à la piscine, au stationnement, etc. On voudra également enlever les branches basses qui empêchent les gens de circuler en dessous de l’arbre. Ici encore, il ne s’agit pas d’un bien pour l’arbre, mais d’un mal nécessaire, chaque coupe étant justifiée pour l’harmonisation avec les structures urbaines.

L’abattage d’un arbre

Jusqu’à maintenant, nous avons touché aux soins des arbres, mais qu’en est-il de l’abattage? Le fait de demander plusieurs estimations sera un avantage ici aussi. En effet, si vous demandez un abattage parce qu’un arbre vous semble dangereux, il est de la responsabilité de l’arboriculteur de déployer tous ses efforts pour trouver une alternative à cette mesure. Il se peut que votre peur ne soit pas fondée et que votre arbre aille bien. Il se peut aussi que le haubanage puisse régler le danger. Le haubanage consiste en un renforcement des parties faibles de l’arbre par une tige rigide et/ou un câble reliant deux troncs, sécurisant ainsi l’arbre contre les bris de sections majeures. En faisant plusieurs soumissions, vous serez en mesure de trouver un arboriculteur qui considère l’abattage seulement comme un dernier recours.

La paperasse en bonne et due forme

L’arboriculture est un métier dangereux, tant pour les praticiens que pour les structures. Chaque mouvement dans un arbre et chaque coupe nécessite des calculs précis et une dextérité parfois athlétique. Quoi qu’on puisse penser, il est primordial de faire des travaux déclarés. La tentation de faire des travaux au noir pourrait avoir des conséquences dévastatrices. Si les travaux ne sont pas enregistrés, vous n’êtes pas protégés en cas de bris sur votre propriété. De plus, un arboriculteur qui se blesse sur votre propriété en effectuant des travaux non enregistrés pourrait vous poursuivre pour quelque raison que ce soit. Mieux vaut respecter les règlements municipaux, demander une facture et vérifier l’assurance responsabilité de la compagnie. Nous vous déconseillons de faire affaire avec une compagnie qui suggère ou accepte de faire des travaux non déclarés.

Quel est le coût pour l’élagage ou l’abattage d’un arbre?

Pour ce qui est du coût, il n’est pas possible de donner une ligne directrice universelle. Il se peut qu’une compagnie charge le double du prix d’une autre compagnie pour les mêmes travaux. Ceci ne permet pas, en soi, de conclure quoi que ce soit en faveur de l’une ou l’autre compagnie. Toutefois, il est possible de parler des facteurs de coûts qui sont pris en considération lors de l’estimation des travaux. Cinq facteurs de coûts sont à surveiller, il s’agit de la grosseur de l’arbre, de la proximité des structures, de l’équipement nécessaire, des risques et des contraintes.

Prenons, par exemple, un arbre en façade d’une maison, d’une hauteur d’environ 50 pieds, avec un tronc d’une largeur d’environ deux pieds. Cet arbre est raisonnablement éloigné des structures, comme la maison ou une clôture, ainsi que des fils électriques. Les travaux dans cet arbre ne demandent donc que l’utilisation d’un équipement de base, c’est-à-dire qu’un grimpeur peut tout faire à l’aide d’une tronçonneuse et d’une corde. Un élagage d’un tel arbre pourrait coûter entre 250 $ et 350 $, dépendamment des travaux à effectuer, ou plus de 500 $ pour un abattage.

Par contre, pour le même arbre, mais cette fois-ci, disons que l’arbre est à moins de 3 pieds d’une maison. De l’autre côté de l’arbre se trouve une clôture qui lui touche presque. Dans ce cas, l’intervention d’équipement de pointe comme la grue ou la nacelle pourrait être nécessaire. Les coûts peuvent alors tripler pour un élagage et pour un abattage. Certaines compagnies pourraient accepter le défi d’effectuer les travaux avec les équipements de base, mais ils devront déployer plus d’effort et de temps et donc charger beaucoup plus cher que pour l’arbre du premier exemple, sans pour autant dépasser le coût de la compagnie qui opte pour l’utilisation de la grue et de la nacelle.

Il faut seulement retenir ceci, que la grosseur, la proximité des structures, le matériel à utiliser, les risques et les contraintes seront ce qui déterminera les coûts des travaux. Notons que certaines compagnies utilisent par défaut, dans tous leurs travaux, l’équipement de pointe. En comparant les soumissions, il se peut que ceci fasse une différence décisive dans le prix, de sorte qu’une compagnie exige le double du montant d’une autre compagnie pour les mêmes travaux. Vous aurez alors à choisir selon vos moyens, mais si l’arboriculteur qui utilise les moyens les plus rudimentaires est certifié et qu’il détient une assurance responsabilité, seuls les critères d’intégrité mentionnés plus haut devraient diriger votre décision.

Conclusion

Il devient évident qu’une compagnie qui charge moins cher n’est pas forcément meilleure ou moins bonne qu’une autre qui charge plus cher. Là n’est pas toute la question. Il s’agit d’identifier la compagnie qui respecte le mieux les valeurs écologiques et qui met de l’avant les règles de l’art de l’arboriculture établies par la ISA. La comparaison entre différentes estimations ne devrait donc pas se baser uniquement sur le prix, mais aussi sur les notes que vous aurez prises en posant les questions pertinentes aux arboriculteurs que vous avez consultés. Il n’y a pas de raison d’opter pour un arboriculteur qui charge moins cher s’il met en péril la santé de votre arbre. Il ne sert à rien non plus de faire effectuer des travaux au double du coût si un arboriculteur tout aussi qualifié peut faire le même travail avec des moyens moins coûteux. Il s’agit d’un domaine où le magasinage demande de la rigueur et une volonté de préserver la richesse arboricole urbaine.

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Dominic Perugino
Dominic Perugino

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